Voilà, c’est fini (2009)

Le monospace se gare un peu plus loin. Créneau impeccable. Ils débarquent. Au loin, je les vois s’approcher, la main dans la main. Ça fait bizarre, mais je m’y attendais. Les derniers mètres qui les séparent de moi me semblent interminables. Elle. Ses yeux verts en amande. Putain, je m’y noierais. Cette lueur, je la connais. Mais elle est gênée, et elle se mort la lèvre, en me lançant ce petit sourire en coin que je lui connais lorsqu’elle est mal à l’aise. Lui la couvre de son regard caressant. Je n’existe pas, pour lui. Existerai-je un jour ?

Soudain, je me rends compte de ma connerie. Qu’est-ce qui m’a pris d’accepter ? Pourquoi elle m’a demandé, aussi ? Je me suis foutu dans un beau pétrin. Comme si j’avais envie de le voir, lui… Comme si j’avais envie de voir comment il est avec elle, comment elle est avec lui.

La soirée va être longue.

Ils sont devant moi, et je sais que j’arbore mon sourire le plus crétin. La bise, bien sûr. Nos yeux se croisent. Elle sait que je songe à ses lèvres et à sa langue. Merde, j’avais oublié combien ses joues étaient douces. En me redressant, je me tourne vers lui. Beau gars. Très beau gars, même. Brun, grand, yeux bleus. Sourire naturel, bras et corps musclés. Scientifiquement décoiffé. Pas de fausse note sur l’apparence. Poignée de main franche et cordiale, il initie la conversation. Il se montre adorable. Je ne suis qu’un sympathique étranger pour lui. Un de ses copains de boulot à elle. Il m’explique que ça fait longtemps qu’elle lui parle de moi. En bien naturellement. Comme elle n’arrête pas de me parler de lui, d’ailleurs. Il est si parfait qu’il m’énerve déjà.

Je propose qu’on se dirige vers chez elle, notre destination finale. J’ai l’impression très nette de tresser la corde qui va me pendre.

Pendant le trajet, elle minaude, ils se parlent à l’oreille, s’embrassent discrètement. Le parfait petit couple. Elle semble si heureuse, avec lui. Autant qu’elle semble l’être avec moi. Semble. Car, finalement, est-ce qu’elle ne joue pas, avec moi ?

Une fois arrivés chez elle, il me pose des questions. Par pure politesse ? Même pas, il semble vraiment chercher à me connaître. Je dois faire partie de ces types formidables, que les femmes considèrent comme faisant partie de leurs meilleures amies. S’il savait…

Elle n’ose pas me regarder franchement en face. Juste un coup d’œil de temps à autres. Je remarque que ses mains ne vont pas vers lui. Comme si elle avait honte. Lui est comme il faut. Tendre, câlin, sans être étouffant. Mais il a un défaut, ce con ?

Je ne peux pas m’empêcher de regarder où il met ses mains. Non, mec, non. Pas ça. Pas sur ses fesses, putain. Tu te crois où ?

Elle se laisse faire.

Je n’existe plus.

Ses grands yeux à lui ne renvoient que tendresse, admiration. Il la vénère. C’est une évidence. Et elle, elle se sent bien avec lui. Avec ça. Elle en a besoin. Et moi ? Tu m’as oublié ? Tu as oublié ce que je suis pour toi ? Elle ronronne presque à son oreille. Pourtant, parfois, son regard croise le mien quand ils s’embrassent.

J’ai envie de hurler, en songeant à ce gars monté sur elle, la faisant jouir, en songeant qu’à ce moment-là, il est seul à exister pour elle. Pourtant, quand elle me regarde, quand elle me souffle ces mots à l’oreille… Non, insupportable.

J’ai envie de hurler.

Mais je n’en fais rien.

Je me sers un petit Jack, et je donne le change. Sont-ils dupes ? Elle, surement pas. Lui, à mon avis, est à côté de la plaque. Il ne soupçonne sans doute rien. Il est sur son petit nuage rose. Le même que le mien. Non, le mien, à vrai dire. J’aimerais pouvoir penser que c’est une ordure, un salaud de la pire espèce, un enfoiré, un connard. Mais non, c’est un type tout ce qu’il y a de plus sympa, intéressant. Il s’exprime bien, il est à l’aise, c’en est presque communicatif. Il connaît beaucoup de choses, et les sujets de conversation semblent avec lui inépuisables. Elle, elle est parfaite, dans son rôle de femme amoureuse que j’aime tant. Le rôle, ou la femme ? Sans doute les deux.

Allons, tu croyais quoi ? Qu’il y avait de la place pour deux, dans ce petit cœur ? Ho putain, ses seins. Je me rappelle encore, lorsque je les ai découverts. Elle avait un soutien-gorge noir très sobre. Je suivais la piste de ses taches de rousseur. Lorsque j’ai fait glisser les bretelles, j’étais émerveillé. De jolis seins, presque encore arrogants, malgré deux maternités. Je mourais d’envie de la dévorer. Est-ce que lui aussi sait l’apprécier autant que moi ? Est-ce qu’il sait décrypter ses expressions ? Est-ce que lui aussi se sent triste lorsqu’elle est triste ?

Allez, sois honnête, c’est l’évidence même.

Sois honnête : ils se sont trouvés. Toi, tu n’es que du bonus. Ou pas ? Je chasse ces pensées de ma tête. Encore un jack et quelques chips. L’ambiance se détend, et il finit par la lâcher un peu. La conversation s’anime autour de John Boorman et Ridley Scott. Décidément, ce mec a du goût, pas seulement en matière de femmes. Moi aussi, je me lance. Alien, La forêt d’émeraude, Duellistes… Sa culture est titanesque. Je me surprends à l’apprécier. Et puis il a le même humour que moi, en mieux. Plus pince sans rire, plus maîtrisé. J’en profite aussi pour le détailler. A vrai dire, chaque détail de son look semble millimétré, chaque cheveu en bataille disposé selon une sorte de technique hermétique. Il est même parfumé ; quelque chose de viril et discret. Un peu chochotte pour moi, peut-être. Mais pas agressif. Le seul truc qui me fait rire, ce sont les boucles noires qui dépassent de son t-shirt. Quand je pense qu’en principe elle n’aime pas les mecs poilus…

Allez, cesse de penser à ça.

La soirée avance, et elle ne semble pas décidée à faire un geste dans ma direction. Définitivement, je suis la pièce rapportée, condamnée à la clandestinité. Ils sont dans le canapé, moi dans le fauteuil. La moitié du monticule de mégots dans le cendrier a servi à polluer mes poumons. Preuve que je suis à l’aise s’il en était besoin.

L’espace d’un instant, elle se penche sur le cendrier pour écraser son mégot. A ce moment-là, nos regards se croisent. Et le temps s’arrête. Net.

La même expression. Le même petit sourire gêné. Putain, je la revois encore sur le parking de mon immeuble, toute menue, paumée à des bornes de chez elle. Une gamine qui va faire une connerie, fumer sa première clope. Je me rappelle ses bras autour de mon cou, et notre premier baiser. Près de dix sur l’échelle de Richter, qui ne compte que neuf échelons. Mon envie de crier son prénom, de rire à en perdre le souffle, de la serrer dans mes bras jusqu’à ce que j’en aie mal. Mais elle se redresse sans rien dire. Je suis sûr qu’elle y a pensé, elle aussi. En tout cas, elle sait que moi, j’y ai pensé. Elle se pince les lèvres.

Pour penser à autre chose, je me tourne vers lui. Je l’interroge du regard. Vas-y, mec, lance un sujet. Ce n’est même pas un défi, plutôt un appel à l’aide. Brise ce putain de silence, nom de Dieu, toi qui es si talentueux ! Il lance le sujet sur l’immobilier, qui commence à remonter à Paris. Oui, je suis proprio, mais en banlieue, j’ai jamais eu les moyens de me payer autre chose qu’un timbre-poste avec les WC de l’autre côté de la rue dans la capitale. Et surtout, quand j’ai signé, j’étais deux.

Quand on est con, on est con, chantait Brassens. Et je pense passer ma certification sans faire le moindre effort. Je ne l’ai pas vue venir, celle-là.

Il éprouve le besoin de se justifier. Comment, pourquoi il s’est intéressé à l’immobilier parisien ? Hahaaaa, roulements de tambours…

Ils sont allés voir tous les deux. En agence. Merde, me dis pas que…

Si.

Ils envisagent d’acheter ensemble. Heureusement, c’est mon troisième jack, et mon corps ne réagit pas aussi bien que si j’étais à jeun. Autrement, les trois quarts de ma masse sanguine se serait retrouvée concentrée dans mes jambes. Mais je reste impassible. L’espace d’un instant, je me dis que je mérite un Molière en or massif, pour ce rôle de composition. Je le regarde, avec des grands yeux, et ce même sourire qui semble faire illusion depuis le début de la soirée. Vraiment ? Déjà ? Il baisse les yeux, un peu penaud. On dirait qu’il vient d’annoncer à ses parents qu’il va se poser avec sa copine. C’est le cas. Mais je ne suis pas son père. Et j’essaie désespérément de trouver la force de le haïr. Je fais glisser mes yeux de lui à elle.

Et là, c’est la gueule de bois. Elle se tord la bouche, fuit mon regard. Puis elle prend sur elle, tout se passe très vite. Son regard se fait dur, et glacial. Bah oui, à quoi tu t’attendais ? Oui, ses yeux me demandent ça.

Je prends alors pleinement conscience de ce que je l’ai perdue. Non, pas ce soir. Je l’avais perdue bien avant qu’elle arrive. Bien avant qu’elle me propose de le rencontrer.

Le jack n’est plus suffisant. J’ai une boule dans la gorge, et la poitrine dans un étau. Si je reste encore plus longtemps, je vais éclater en sanglots. De toutes façons, ça ne sert à rien que je reste.

Je m’allume une dernière clope, pour le panache, pour ne pas partir si vite, comme un voleur. Pour ne pas admettre ma défaite. J’annonce tranquillement que je ne vais pas tarder à bouger mes miches. C’est l’heure des derniers RER, et si je me débrouille mal, j’en serai quitte pour passer la nuit à l’hôtel. J’ai aussi envie de lui laisser une chance, à lui. Allez, mec, fais-moi cette faveur. Fais au moins une erreur. Montre-moi que tu n’es pas mieux que moi, qu’on joue dans la même cour.

Même pas.

Très gentiment, il m’explique simplement que puisque je suis un pote, ils peuvent très bien m’héberger pour la nuit, le canapé se déplie. Intérieurement, je me marre. Bien sûr. Dormir dans le clic-clac, alors que j’aurais pu dormir dans son lit à elle, avec elle, après qu’on ait fait l’amour, comme on l’avait fait lors de sa venue chez moi. M’endormir seul, alors que j’aurais pu la serrer contre moi. M’endormir comme un con en l’entendant gémir de plaisir entre deux grincements du lit. Gémir pour un autre. Prendre du plaisir d’un autre. Alors que moi, je serai tranquillement dans ma niche, reconnaissant d’avoir eu un strapontin dans sa vie.

Non.

Je dois me lever tôt, demain, il faut que je rentre : ma cousine passe me chercher pour une grande bouffe en famille. Bien que ça ne m’enchante guère. Acteur, je suis aussi conteur. Je sais que demain, je passerai la matinée dans mon lit, à chercher pourquoi je me lèverais.

Et le reste de la journée à savoir pourquoi je continuerais à respirer.

Oh oui. Je vais en chier, c’est certain.

La suite est tragiquement banale. J’écrase ma cigarette. Je la regarde une dernière fois. La lueur s’est éteinte. Il ne disent plus je t’aime. L’ont-ils dit un jour ? Tout cela ressemble à un rêve. Un rêve magnifique. Une féérie dont j’ai mystérieusement été le bénéficiaire. Oui, enfin… pas le seul. Je croyais être unique. Pour elle, en tout cas. Je croyais que ce qui se passait aussi était unique, pour elle. Je me trompais. Peut-être se trompait-elle aussi.

La bise, poignée de main. Promis, si je n’ai pas mon RER, j’appelle, et je viens dormir là. Allez, les enfants, on se magne. J’ai toujours détesté les salamalecs, particulièrement quand je me fais jeter. Les oiseaux se cachent pour mourir, et moi, pour pleurer. Finalement, je suis un peu mort, aussi. En tout cas, mutilé. J’ai le sentiment de laisser un peu de moi, un peu de mon cœur, ici.

Je redescends. L’ascenseur me paraît à la fois étonnamment confortable, et terriblement angoissant. Le temps séparant deux étages est interminable. Je m’efforce de respirer profondément. De l’air. De l’air. De l’aide.

Le hall d’entrée. Quelques mètres, et c’est la cour. Fausse joie. L’air y est épais comme de la purée, lourd, humide, orageux. Ça sent les égouts. Je marche, comme un zombie. Le passé, le présent, se mélangent.

Que vais-je devenir ? Elle m’avait dit qu’elle allait le…

Pourquoi y ai-je cru ? Elle s’est foutue de moi ? Trop faible ? Il doit savoir s’y prendre, pour lui donner du plaisir, la toucher physiquement et moralement. Tu es un salaud, mec, tu n’avais pas le droit. Tu aurais dû au moins me laisser une chance de te détester. De dire que c’est ta faute. Mais non, monsieur Parfait. Tu me fais chier.

Je fais peur à un rat qui émet un couinement de protestation lorsque je fais mine de lui donner un coup de pied. Le fleuriste, le Celtic. L’esplanade, avec son kebab encore ouvert.

Les guichets m’attendent, promesse d’un retour au pays natal. Dans mon environnement. Je suis peut-être un saumon, non ? Après la saison des amours, je m’en retourne d’où je viens, pour y mourir. Je ne sers plus à rien. Le RER est dans vingt minutes. De quoi fumer une cigarette, avec un café pour tenir le choc. Bien sûr, il ne pourra rien pour moi. La caféine ne commencera à faire son effet que lorsque je serai déjà arrivé chez moi. Tant pis. J’ai besoin de ça. Un petit réconfort. Ma chemise est trempée de sueur. Une dernière cigarette. Puis je prends l’escalator.

Ce que j’ai pris pour un bruit de train n’en est pas un.

Bien évidemment, il aurait été étonnant qu’on passe au travers. J’ai vraiment du bol, non ? Moi qui déteste la pluie. Les taches mouillées, sur mon t-shirt. Merde, du café ? Non. Ca n’est même pas chaud ? Enfin… pas plus que mon corps. Ça fait cinq bonnes minutes que je chiale comme une madeleine. Personne sur le quai pour me voir. Mon orgueil est sauf.

Mais qu’est-ce que j’aimerais bien que là, maintenant, on me mette la main sur l’épaule en me demandant juste « Pourquoi vous allez si mal ? »

Vider mon sac. Auprès de qui ?

Les éclairs. Intranuageux, diffus. Une lumière lugubre, qui préside à mes propres funérailles. En tout cas un bout de moi-même. Le rivage qui paraissait si proche il y a peu n’est déjà plus visible. Perdu dans l’océan, sans but ni direction. Nulle part où aller, même pas un archipel pour se poser. Une anomalie dans une continuité aqueuse qui n’est pas la sienne.

Le tonnerre succède de plus en plus vite aux éclairs. Ça se rapproche. Un bruit sourd, continu, se répand sur le silence de la ville. Parfois, un moteur, au loin, rompt cette tranquillité. Je saisis mon téléphone portable. Je vais lui écrire un sms.

Alors, tu vas lui écrire quoi ?

Un message d’adieu ? Non. Minable. Un dernier je t’aime ? Pathétique. Lui faire part de mon sentiment ? Celui d’avoir été trahi ? Bien. Le mal est fait. Elle ne reviendra pas vers moi, je ne reviendrai pas vers elle. Alors quoi ? Tu veux lui envoyer quoi, bordel ? C’est fini, tu n’as déjà plus rien à lui dire. Ton sms, elle ne le lira peut-être même pas, trop occupée à lui donner du plaisir, ou à en prendre, à califourchon sur lui, gémissant son prénom au rythme de ses coups de boutoir.

Non, arrête. Arrête ça.

Tu es vaincu, ce n’est plus la peine.

Ça fait mal, hein ?

Putain, oui, ça fait mal. Quelque chose est mort, une fois de plus. C’est mort, comme les autres fois. Mais cette fois-ci, c’est un gros morceau, qui est mort.

Et pourtant, tu sens la douleur dans le moignon ? Tu as encore mal à ton membre fantôme ? Tu n’as toujours pas accepté la réalité. Des petits points sombres se dessinent de façon chaotique sur le quai. Des impacts frais sur ma nuque, mon crâne, mes avant-bras. Les cieux scellent de la plus ignoble des façons cette journée. Je me suis offert en holocauste, et je dois de surcroît en payer le prix.

La flasque de calva. Elle sera vide demain matin. Ce ne sont pas deux amants amoureux qui dormiront dans mon lit, mais une épave. Que faire d’autre ? Sincèrement, que faire d’autre ?

La pluie redouble d’intensité, et le roulement du tonnerre se fait presque continu. A ma gauche, deux lueurs se dessinent, accompagnées d’un grincement métallique. Sur le petit écran bleu, la mention « 1h28 » a cédé la place à « A l’approche ». Le train s’immobilise mollement. La porte est pile devant moi. J’actionne l’ouverture. Personne ne monte, personne ne descend. Mon compartiment est vide. La vue brouillée par les gouttes de pluies et les larmes, je jette un dernier regard sur ces quais où je ne reviendrai jamais.

Je me pose douloureusement dans un des ces inconfortables sièges, sors mon lecteur mp3. Fatigué, à demi-ivre, je sélectionne une chanson, pratiquement au hasard.

Jean-Louis Aubert. Tiens, j’avais ça, moi ?

La voix du conducteur grésille : ce train est à destination de…servira toutes les gares du parcours.

Play.

Voilà, c’est fini…

Ses yeux verts plantés dans les miens. Ce n’est pas possible. Il y a sûrement une explication…

On a tant ressassé les mêmes théories

Trois mots. Rien d’autre. Ses petites mains dans les miennes. Sa respiration sereine contre mon cou. Ses manières de chat.

Le quai n’est déjà plus visible. Au loin, Paris. Le trajet est encore long. Mais j’ai l’impression de revenir de l’autre bout de la planète.

Le 14/08/2009 à 23h55

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27 réflexions au sujet de « Voilà, c’est fini (2009) »

  1. Ping : SOMMAIRE | Café-Clope

      • Oui, je perçois bien l’humour du narrateur mais pas celle de la situation, que je qualifierais plutôt de cruellement ironique.
        Mais pour l’avoir également vécue moi-même, je pense pouvoir dire qu’il faut effectivement une bonne dose de cynisme pour l’assumer (et accessoirement y survivre)
        🙂

      • Ouais.
        Pour ma part je ne sais pas si une telle expérience valait la peine d’être vécue, je me tâte encore, parce que moi c’est tout le ratelier que j’ai failli y laisser !! Oo ^^

      • Je poserais bien la question : et pourquoi donc ne raconter que le mauvais ?
        Mais je crois deviner la réponse.
        Concernant ce choix d’auteur j’entends.

      • Oh, pour toute une myriade de raisons interconnectées, dont, j’imagine, vous aurez déjà deviné l’essentiel.
        Globalement, ça ne m’intéresse pas de raconter (et de lire) ce genre d’histoires sentimentales, l’idée même me paraîtrait presque incongrue. De ce fait, je n’ai pas l’habitude de raconter cet aspect de la vie, et je sais que je ne saurais pas rendre hommage à la réalité telle qu’elle a été – je doute même que quiconque soit capable de faire mieux que pâle et flasque transcription factuelle enrobée de tout un tas d’exposés convenus sur des ressentis inexprimable (la « réalité autobiographique intransmissible » de Freud).

        Au final, ce sera forcément, creux et convenu, ou bien niais et répugnant. Au pire, on a Musso et Lévy, pour ça, la grosse américaine à ailerons en plus.

        Enfin, on peut aussi arguer du souhait de préserver l’anonymat de respectables femmes mariées.

        Auteur…ça fait pas un peu ronflant, « auteur »?

        Enfin bref…

        Si vous deviez départager « Cendrillon » et « Voilà c’est fini », lequel choisiriez-vous?

      • Ronflant ? Non ça ne fait pas ronflantauteur. Un auteur c’est pas celui qui commet une oeuvre originale et personnelle ? (j’ai pas dit chef-d’oeuvre hein, juste oeuvre, donc c’est pas ronfla nt non plus..^^)
        Ce qui, sauf imposture grossière, me semble être le cas en l’espèce.

        Pour le souci de préservation de l’anonymat suis pas entièrement convaincue…on est sur le net quand même.

        J’ai aussi une autre theorie, qui n’engage que moi : raconter cette part de l’histoire, mis à part le fait de vouloir jalousement préserver ses souvenirs, c’est aussi appuyer là où, in fine, ça reste douloureux.

        Quant au choix : Cendrillon, sans l’ombre d’une hésitation…

      • Vous êtes donc une gothique!
        Plus sérieusement, votre théorie est intéressante. Cela dit, l’histoire est soldée, ça ne fait plus mal. C’était, cela dit, vrai à l’époque de la rédaction de la présente, il y a de ça cinq ans. Bien vu, cela dit.

        Ah, diantre, un choix qui part comme un pruneau de .45!
        Qu’est-ce qui vous a décidé?

      • Le huis-clos, la manipulation(trice), le courage d’avoir su résister à la (vaine mais pourtant irrésistible) tentation d’en savoir/vouloir plus, la tristesse du regard.
        Et certainement d’autres choses encore.

        Par contre, le « merci pour tout, sincèrement » en guise d’adieu aurait, à mon sens, mérité une belle baffe !

      • Le « merci pour tout » est avant tout voulu comme l’expression de l’ironie de la situation; un « simple » malentendu. Le narrateur s’est laissé prendre au piège d’un jeu pour lequel il n’avait pas les épaules. Elle ne le manipulait pas, elle s’en fichait, tout simplement: il avait dit oui, ça lui suffisait.
        Enfin, il est vrai que je n’explicite pas grand chose sur le contexte, du coup, ça donne une liberté d’interprétation que je ne soupçonnais pas. Un retour intéressant!

      • Malgré le peu d’éléments contextuels à se mettre sous la dent j’avais néanmoins très bien saisi le contrat qui, lui, est d’emblée très clair.
        L’interprétation que je fais du texte n’est donc pas basée sur un manque d’information.
        Simplement c’est une femme. Il se trouve que, sauf erreur de ma part et après vérification (:-), j’en suis une aussi.
        CQFD
        Elle et moi on est d’accord pour dire que le narrateur s’est fait avoir comme un bleu.
        Beaucoup trop de détails troublants. Le diable se cache dans les détails.

      • « Beaucoup trop de détails troublants. Le diable se cache dans les détails. »
        Là, vous en avez trop dit, ou pas assez!
        Pourquoi « troublants »? Pourquoi « trop »? Qu’est-ce que ça révèle à vos yeux? Qui est la taupe? (Ah, non, pardon, je retire.)

    • J’avais juste envie de faire étalage de ma grande culture

      Je ne botte pas en touche mais je n’ai pas non plus envie de me livrer à un commentaire de texte, pffff, surtout à cette heure.

      Je dirais simplement que cette femme, hormis le fait qu’elle sait ce qu’elle veut, sait aussi parfaitement ce qu’elle vaut (et ceci n’est pas un jugement de valeur) et l’effet qu’elle produit (oui j’ai d’emblée écarté l’hypothèse qu’il s’agissait d’une pucelle de 16 ans, c’est curieux ça non, certainement la faute à certains détails).
      Et il faut toujours rester conscient(e) de l’effet que l’on produit. À moins d’être carrément ecervelé(e), hypothèse que j’écarte également ici.
      Elle savait, peut-être pas qu’elle allait, mais du moins qu’elle pouvait faire mal et que cette probabilité était même assez élevée.

      • « Négligence criminelle », donc.
        Le plus dingue, dans cet échange, c’est que nous parlons de quelqu’un qui n’a jamais existé. Il faut croire que je suis parvenu à écrire un personnage cohérent, voire – allez, soyons fous – crédible!
        Effectivement, la donzelle a seize ans. Deux fois. Enfin, à plus ou moins ça, hein, de toutes façons, ça se dit pas.

      • Tout personnage toute situation, même les plus improbables, peuvent être rendus crédibles sous l’effet de la plume.
        En l’occurrence…je n’ai pas été convaincue par sa candeur à elle. Par celle du narrateur par contre, totalement…:-)

      • Ah bah oui, c’est un grand petit garçon!
        Cela dit, j’aurais dit plutôt « faiblesse » que « candeur », mais bon, on ne va pas couper les cheveux en quatre.

      • Inutile en effet.
        Mais je trouve la base intéressante.
        L’histoire ainsi présentée peut se suffire à elle-même, mais elle pourrait également être matière à développement.
        Pourquoi ne pas tenter d’imaginer une suite ?

      • Ça peut être une issue effectivement. Pas la seule bien sûr. L’intérêt de l’imaginaire. On le modèle comme on veut.
        Je dirais : à la limite peu importe l’issue. Quelle qu’elle soit, c’est la description des processus qui y mènent qui peuvent présenter en eux-mêmes un intérêt.
        Un exercice pas évident je vous l’accorde, mais passionnant.

      • C’est pour ça qu’à présent, je n’écris pas de fin. Ca ménage des portes ouvertes pour des suites, et puis, à la limite, la fin du processus, comme vous dites, m’enthousiasme moins que le déroulé des mécanismes.

        Le méga-kif des penseurs introvertis.

      • Mais oui. C’est bien pour ça que j’ai simplement parlé de suite et pas de fin. On s’en fout de la fin. Une histoire ne connaît pas forcément un dénouement.
        Si, chez Lévy et Musso peut-être 😉
        Et puis attention aux narrateurs qui deviennent fous, ça n’a pas bien réussi à celui dont l’appartement voisin abritait un démon…^^
        Pour l’instant, c’est celle-ci qui a ma préférence !

      • Vous voulez dire que vous lui décernez le maillot jaune?

        Marrant. Elle a plu autant que choqué. Les gens ont salué le style (?) mais dénoncé l’horreur de l’histoire.

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