Fade incandescence (2011)

FADE INCANDESCENCE

Dans un recoin claustrophobe d’un présent trop vague, les ondes des corps et des baffles ne t’atteignent pas, et seul ton verre te donne un peu de compassion.

Tu t’es fait virer du jardin d’Eden, et tu t’obstines à t’échouer sur les rives de paradis frelatés, parodiant tragiquement ce bonheur dont tu ne gardes plus qu’un monument en marbre dans un coin sans cesse plus obscur de ta mémoire.

Partout autour de toi fleurissent les mygales multicolore, elles dansent, dansent, tu sens le venin au bout de leurs crochets innocents. Les prédateurs ont pour toi cette cruauté de tuer en toute bonne conscience, sans songer à mal, sans songer à toi.

Tu fais peur à voir, recroquevillé sur ton pouls glacé. Essaie de les voir, de voir en eux, à travers eux. Les parois de ton blockhaus se rapprochent, s’épaississent à force d’inflammations successives. Comment pouvais-tu y croire? Par les lucarnes embuées, tu contemples le temps goguenard qui s’écoule entre tes mains. Tu voudrais pouvoir caresser ces lumières, boire ces corps, mais tu n’es déjà plus de ce monde.

Suffocation.

Quelques pas vers l’extérieur, vers le nouveau visage de ton scaphandre de plomb. Les murs suintent de la petitesse de ce dieu mauvais, et les gravillons se rient de toi dans un crissement sinistre. Marches-tu seulement vers ton enterrement?

Non, ce serait trop simple.

Les gouttes salent une par une le contenu de ton verre.

Le souffle te manque, d’avoir passé toutes ces années à avoir couru après ces totems monstrueux. Ta nouvelle lune est au zénith, et des traces de vie te parviennent de partout, lueurs rougeâtres sous la cendre. Ça vit, ça pullule, ça grouille, tu voudrais, mais en même temps, ça te dégoûte.

Tu n’es pas fait pour ce monde, ces fulgurances ne seront jamais tiennes. Ta bouche remplie de terre ne peut qu’émietter une détresse honteuse, quelle force te pousse encore à récriminer? Fautif, impardonnable, ta peau est serpent, ton cœur, verre et tes tripes, cendres.

Derrière le sucre, l’orchidée, tu le sais, aura l’amer goût du poison.

Ton cerveau crie son envie de se libérer, mais nul n’a la force de briser ses fers. Ferme les yeux sur l’impasse, tu as élaboré un scénario implacable.

Même les miroirs ont peur, et seul l’asphalte te renvoie une image qui te parle. Les veines de la ville où coulent les carrosseries métalliques vivent plus que toi. Envie de conclure, vite. Comment. Nulle part il n’est marqué « sortie ».

Dans ta persistance rétinienne, des arabesques chantent un outre monde qui résonne jusque dans la suie de tes poumons. Cyanose lasse, tes mains sont lasses de gratter le béton. Qu’est-ce qu’il peut faire froid, ici.

Tu voudrais essayer, et serres les dents à en pleurer. Tu repars les affronter, ignorant ta tectonique interne. Tu peux les toucher, et serres dans sa main des ronces desséchées aux parfums de fleurs extra-terrestres. Si proches, et si étrangers.

La faune hostile mène son ballet impitoyable autour de toi, aucun ne te regarde, mais ton glas semble sonner au rythme de cette fête macabre. Tes funérailles ressemblent à des flash lumineux épileptiques.

Les gens? Des inventions.

Ça festoie, ça bouge. Mais ils ne sont que des traces de ton imaginaire. Tu pourrais les balayer d’un geste. Et pourtant…pourtant…si tu avais tort? Si ces gens-là existaient vraiment? Avaient des émotions? L’acier hurle de la torsion infligée, quel effort! Mais tu ne rencontre que des forteresses imprenables. L’air charrie des scorpions, une frontière impénétrable s’est abattue entre toi et la réalité.

Tu butines les flammèches, indifférent à cette agitation joviale.

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark.

Tu la vois. Elle est sur la piste de danse. Rayonnement intense. Son auréole ondule au rythme de l’artillerie qui pilonne tes oreilles et ta cage thoracique. Son corps de porcelaine palpite dans la houille nocturne, entourée d’une nuée de charognards pour qui ses yeux se font velours. Un pas. Une éternité.

Pas même un regard pour toi, elle continue son rituel de fécondité. Tu n’es pas de ceux qui… L’obscénité de la situation te pèse. Mais quelle autre solution te reste-t-il que de te livrer en holocauste? Un borborygme sort de ta gorge, appel à l’aide, chant d’amour dérisoire. Le fracas environnant noie les observables de ton tourment dans un bruit blanc. Ton insignifiance paraît plus vertigineuse encore.

Est-elle celle que tu croyais?

Elle ne te regarde pas. Elle ne te soupçonne même pas.

Tes veines continuent de drainer le feu. Combien de temps à tourner en rond dans ce lieu, dans ta tête et dans ta vie? Tu n’as pas envie de formuler la réponse. Ton magma se contracte, le séisme approche.

Le parking, la rue, déserte, et pourtant si vivante.

Sur ta droite, la lumière blanche. D’où peut-elle bien provenir? Tu t’en fous. D’incendie, tu es redevenu braise, la sérénité gagne.

Tu t’en fous.

Un pas en avant. Tu tournes la tête, pour mieux voir.

Tu t’en fous.

Et après?

Tu t’en fous aussi…

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