Ca vient, la fin du monde?

Hé oui, en ces temps plutôt pas joyeux, les notions du type « fin du monde » et ses dérivés (fin de la civilisation, du monde industriel, de l’espèce humaine) reviennent sur le devant de la scène, auréolées d’une réalité et d’une actualité renforcées. Et ça ne manque pas d’amener tout un tas de monde à se poser des questions, du type : quoi, quand, comment, et quid de l’après ? Si l’on écarte les catastrophistes à bon compte (qui prédisent la tempête du siècle pour après-demain au plus tard, une collision avec la planète Nibiru ou bien encore l’avènement des Illuminati avec le concours de la judéo-maçonnerie), on trouve des choses très intéressantes. Voici, avec un classement un peu empirique, le fruit de ce que j’ai trouvé au hasard de mes recherches :

  • Les survivalistes sont sans doute les plus médiatisés et connus du grand public. Une distinction existe aux USA (où est née cette tendance à l’époque de la Guerre Froide où tout était susceptible de péter sur pression d’un bouton rouge) entre « survivalistes » à proprement parler et « prepistes ». Les premiers sont essentiellement des groupes paramilitaires pour qui survivre se résumerait à avoir des flingues, beaucoup de flingues, les munitions qui vont avec, et tout un stock de bouffe. A priori, ce sont des blancs, employés du tertiaire, qui fantasment surtout un monde à la Mad Max où ils pourraient saillir la gueuze à volonté et faire tonner leur pétard sans rendre de comptes à la maréchaussée. Les seconds (to prep=se préparer) correspondent plus au sens que se donnent les survivalistes français : se préparer à la catastrophe. Laquelle ? N’importe. Une catastrophe locale, la fin de la civilisation au sens large, comme une catastrophe naturelle, des émeutes de la faim, la guerre des gangs… Pragmatiques, leur idée est avant tout de faire face à la catastrophe, et de voir le soleil se lever un jour de plus.
  • Les décroissants sont des militants idéologiques qui plaident en faveur d’une décroissance, tout autant économique que technologique, énergétique, et, parfois même, démographique. Le motif en est le plus simple : « celui qui croit en la possibilité d’une croissance infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » (prêté à Einstein) Ainsi, en résumé, pour sauver l’humanité, il faut rouler à l’économique, sinon, on ne va pas s’en sortir. Concrètement, leur action au quotidien peut se confondre avec celle des survivalistes : permaculture, réduction de la consommation d’énergie… Cependant, si, pour ces derniers, il s’agit là avant tout d’une volonté d’indépendance vis-à-vis d’une société qu’ils ne remettent pas nécessairement en cause (rappelons que leur objectif est simplement de se sortir au mieux d’une situation de crise), pour les décroissants, il s’agit bien là d’une proposition matricielle d’une société nouvelle, et du militantisme qui l’accompagne. Leur objectif n’est pas, à proprement parler, de parer à une ou des catastrophes concrètes, mais à une catastrophe abstraite, et parfois assez lointaine : un manque cruel de ressources qui mettrait fin à la civilisation, voire à l’humanité toute entière. Pour eux, la décroissance est un moyen, un choix délibéré.
  • Les peakistes (de oil peak, qui pourrait se traduire vaguement « pic de la consommation de pétrole ») affirment, pour leur part, qu’après un pic, la consommation de pétrole finira inéluctablement par chuter, et ce, suffisamment vite pour qu’aucun substitut ne puisse prendre le relais. Assez politisés (moins que les décroissants toutefois puisque peu ou pas militants a priori), mais pragmatiques aussi (ils perçoivent la catastrophe comme suffisamment imminente et crédible pour entamer des préparatifs pour y faire face), ils semblent réaliser une certaine synthèse des deux tendances précédentes, avec, cependant, la thématique de la fin de « l’ère du pétrole », perçue comme nécessairement catastrophique, et comme méritant l’essentiel de leur attention. Dans leur perspective, souhaitable ou non, la décroissance n’est qu’une conséquence inévitable, avec laquelle il faudra composer.
  • Enfin, on trouve les résilients, qui constituent le pendant social des survivalistes. Ces derniers se concentrent sur la survie de l’individu ou de petits groupes, alors que les résilients concentrent leur pensée sur la (re)constitution d’une société après une catastrophe majeure, quelle qu’elle soit. J’ai encore peu trouvé de ressources à leur sujet, sans doute parce que, finalement, cette tendance reste assez nébuleuse dans ses jalons, ses objectifs, ses moyens, et la phase de transition anticipée.

Bien évidemment, ces tendances peuvent s’interpénétrer au gré des sensibilités individuelles, mais ça ne va pas toujours non plus sans frictions. Ainsi, les décroissants ou les peakistes auraient tendance à reprocher aux survivalistes leur manque de projet politique et/ou social, alors que, parallèlement, les survivalistes, concentrés sur la gestion d’une catastrophe et de son après immédiat, on tendance à les considérer comme des utopistes, ou, dans le meilleur des cas, comme sautant l’étape capitale qui consiste à se demander si, après la cata, il y aura encore quelqu’un ou quelque chose à sauver. Bref, c’est un joyeux bordel où chacun y va de sa façon de voir et d’anticiper les choses, et le plus drôle, c’est que, malgré des antagonismes apparents, ces approches n’en sont pas pour autant moins compatibles. Qu’en conclure ? Que chacun pourra y trouver ce qu’il veut, comme en religion ou musique pop. Mais il faut en retenir que chaque ressource est propre à fournir matière à réflexion, donc, ne jetez rien d’emblée !

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