La dame de Pékin – 5

La voiture démarra en trombe. Michel Villaudière était furieux. Quelque chose leur avait à l’évidence échappé. Dans le haut parleur se fit entendre la voix de Gérard Cagneux-Meilhac.

-Michel. Ça y est, tu as pu intercepter les plans ?

-Oui, la substitution est faite, pas de problème de ce côté-là. Mais d’après le petit, la délégation chinoise est en train de plier bagage prématurément, s’ils ne sont pas déjà en l’air.

-Effectivement. Je viens d’avoir un message, à ce sujet. Officiellement, ils sont rappelés à Pékin de toute urgence. L’incident de Mer de Chine, vraisemblablement.

-C’est un contentieux sino-japonais, pourquoi rappeler leur délégation de France ?

-Je ne sais pas. Je n’ai rien qui soit remonté de nos contacts. Même Loup Blanc est silencieux, pas de mouvement à Moscou.

-Normal, tu crois que ce genre d’informations transiterait par là ? Les trois quarts des états souverains de la planète ont mis cette ville sur écoute !

-Ils rappellent globalement tout ce qui ressemble à une représentation à l’étranger, c’est un coup de pression diplomatique. De la politique !

-J’ai peur que non. Pas seulement. D’après le gamin, Madame Ping lui a annoncé ce matin qu’elle devrait reprendre l’avion pour Pékin dans l’après-midi. Ça veut dire qu’hier soir, elle était déjà au courant, à moins qu’elle ait reçu l’info dans la nuit, pendant qu’elle s’envoyait en l’air.

-Tu n’y crois pas…

-Arrête, Gérard ! Pourquoi et comment veux-tu qu’elle ait été mise au courant en catastrophe ? Zhang-Zi Ping était en train de se taper des bulgares à peine majeures dans un claque de la Porte Dauphine. En cas de branle-bas de combat, ça aurait été bagnoles officielles et tout le tremblement pour battre le rappel ! Là, c’est comme si tout le monde savait ce qu’il avait à faire, et à quelle heure. Veux-tu me rappeler quand on a su, pour l’incident ? Deux heures ? Trois ?

-Deux heures.

-Tu vois ? Ils savaient depuis hier soir. Peut-être avant.

-Alors, qu’est-ce qu’ils sont venus foutre ici, si c’était pour repartir aussi sec ?

-Ils sont venus récupérer la clé, en emballant tout ça dans un joli paquet diplomatique, pour protéger leurs arrières. C’était le seul objet réel de leur visite.

-Tu en es sûr ?

-Je ne peux pas le prouver, si c’est ça, ta question. Mais j’en suis certain, oui.

-Ça implique que l’AACFC est bien une officie de leurs services de renseignements, alors. Ça pue.

-Je le dis depuis le début, Gérard. Tu devrais passer l’info à Levallois, pour qu’ils tirent ça au clair, et voir comment ils ont eu la clé.

-Tu as raison. Je vais voir aussi depuis combien de temps leur voyage retour était planifié, ça donnera une idée de quand ils ont été mis au courant.

-Fais ça. C’est ton domaine, de toutes façons. Mon boulot est terminé, pour l’instant. Mais j’ai peur que Chimère ne se soit terminée aujourd’hui.

Michel soupira, et se détendit un peu. Le Service Opérations venait de se distinguer par une opération d’intoxication à la fois simple et efficace : les Chinois s’envolaient avec, dans leurs poches, les plans d’un système de guidage de missile présentant une multitude de défauts, en premier lieu une trop grande sensibilité aux contre-mesures les plus rustiques. Mais, les implications des événements ne laissaient rien envisager de bon. Personne ne savait rien, mais il avait transmis ses éléments à la Direction du Renseignement, qui allait creuser. On bougeait, on reprenait le contrôle : c’était ça, l’important.

-Michel, de toi à moi : à ton avis, cette stratégie de tension diplomatique, c’est pour quoi ?

-Je ne sais pas. Sincèrement, Gérard, je n’en sais rien. Un coup de pression sur le Japon, pour les tenir à distance ? Ils manigancent peut-être quelque chose, avec la Corée du Nord, d’où le besoin d’un système de guidage.

Un silence.

-Ou pire, encore…

-Il faudra être attentif à leur activité industrielle, dans les semaines à venir. Je fais mon rapport au Directeur des Opérations, mais, toi, tu devrais préparer un laïus à l’intention de la Direction Générale, pour te couvrir. Je te laisse, j’arrive à La Boîte dans trente minutes à tout casser.

-D’accord, à tout à l’heure.

Michel raccrocha.

La voiture filait vers les locaux de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure, boulevard Mortier. Paris klaxonnait, vibrait tranquillement à l’heure de la sortie des bureaux.

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