La dame de Pékin – 14

Sous le soir tombant, le Capitaine Shian observa la voiture qui ramenait Madame Ping auprès de son époux, resté à l’attendre à l’aéroport. Il s’alluma une cigarette, et demanda à son second de la faire suivre, « au cas où »… Mais il était persuadé qu’elle n’avait pas de rapport avec le détournement des plans. Elle n’était qu’une porteuse.

Il regretta cet ordre absurde de rappel de l’ambassade à Paris. Ses collègues auraient besoin des officiers traitants rattachés à la représentation diplomatique, et leur retour et leur rétablissement dans leurs locaux prendrait du temps, un temps pendant lequel ils ne pourraient pas activer leurs agents sur place. Ils allaient perdre du temps, pour déterminer la faille, et les services secrets français, pour ne parler que d’eux, seraient nécessairement sur le qui-vive.

Il décréta néanmoins qu’après tout, ce n’était pas là ses affaires, mais celles du pouvoir politique, qui devrait assumer les conséquences de ses décisions. Il commença alors à tomber une petite pluie fine et glacée. « Foutu temps », songea-t-il en rentrant dans le bâtiment sécurisé.

Monsieur Ping décrocha immédiatement :

-Allo ? Tu vas bien ?

-Oui, je vais bien, ne t’en fais pas.

-Ils ont pris leur temps ! C’était donc si important ?

-Oui, une affaire d’espionnage, si j’ai bien compris. Ils ont l’air de prendre ça très au sérieux.

-Tu prends ça plutôt bien…

-Mais oui, mon chéri ! C’est plutôt excitant !

-Excitant n’est pas précisément le mot que j’aurais employé, vois-tu… Promets-moi de n’en parler à personne, d’accord ?

-D’accord. Dommage, c’est si romanesque…

-Romanesque ou pas, déjà que nous allons perdre nos débouchés japonais, si en plus on me sait mêlé à une affaire d’espionnage, je devrai démissionner. Alors, surtout, si tu aimes ce train de vie que je t’offre, tu gardes le silence. Compris ?

-Oui, compris. J’arrive à l’aéroport dans une petite demi-heure. Nous devrions dormir à l’hôtel, ce soir, tu ne crois pas ?

-Oui, tu as raison. Je vais me renseigner.

Ils raccrochèrent. Wei Ping eut une sorte de frisson, entre satisfaction et inquiétude rétrospective. Gilles, d’abord, puis cette histoire d’espionnage. Quelle aventure ! Elle repensa avec délices à ces moments passés avec ce jeune Français, et en conçut un trouble inattendu. Il était si jeune – pouvait-il être l’espion que tous redoutaient tant ? Brassant ce genre de pensées, elle se surprit à voir les tours de verre qui longeaient la route comme moins angoissantes que d’habitude.

Monsieur Ping, lui, négocia un peu pour obtenir une suite dont le luxe s’accordait au niveau de vie qu’ils connaissaient. Ils auraient pu rentrer chez eux, mais ils seraient arrivés tard. Il avait un peu la flemme de tout ce trajet pénible, d’autant qu’il faudrait défaire les bagages. Il détestait les voyages en avion, on y était toujours serré et mal assis, si luxueux que fût l’avion emprunté. L’hôtel était juste en face de l’aéroport, à dix minutes à pieds, mais disposait d’un comptoir sur place, entièrement informatisé. L’employé qui l’avait accueilli était tiré à quatre épingles, il donnait d’emblée un sentiment de professionnalisme. Il n’aimait pas se trouver là, mais la perspective du confort de la suite et le luxe de l’enseigne le soulageait un peu. Il grogna en constatant qu’il n’avait plus beaucoup de cigarettes, et tourna un moment à la recherche d’un paquet de Marlboro.

Il finit par en trouver dans un petit magasin tenu par une jeune femme aimable et fort jolie. Il bavarda alors un moment avec elle, se faisant aussi séducteur que possible, puis finit par obtenir son numéro de téléphone. Il s’en alla, en lui promettant de l’appeler durant la semaine à venir. C’est à ce moment-là que son téléphone sonna. Wei était enfin arrivée, elle lui demandait de venir la chercher sur le parking, où elle se trouvait avec ses bagages personnels qu’on lui avait imposé d’emmener.

Il pleuvait des cordes, et, lorsqu’ils foncèrent vers l’hôtel, ils ne remarquèrent même pas qu’un avion militaire était en train de se poser à l’écart, ni la colonne de camions bâchés et d’autos blindées qui attendaient à proximité de la piste.

 

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