La dame de Pékin – 4

36, quai des Orfèvres, Paris

Las, Belkrane et Wiessbacher se lancent un regard entendu. Frustration de ne pas avancer. Un homicide, probablement volontaire et prémédité, mais encore rien de sûr. Ils attendent l’appel de Melkian. Distraitement, Belkrane remue un peu les sacs plastiques dans lesquels les effets personnels de la victime ont été placés, étiquetés. Un paquet de cigarettes blondes à moitié plein, un peu de monnaie, des clés qui ouvrent des serrures inconnues, un paquet de chewing-gums neuf, un papier griffonné avec des informations illisibles.

-Au fait, lance Wiessbacher, je n’ai pas lu le rapport de l’examen gynécologique. Qu’est-ce qu’il dit ?

-Plus vierge, entre autres.

-Agression sur mineur, donc ?

-Pas sûr, c’est peut-être antérieur. Ils ont relevé aussi des petites cicatrices, dans le vagin. Mais, rien qui permette de conclure à un viol. Elle s’était peut-être envoyée en l’air façon hardcore.

-Je vois. Et pas de traces de coups.

-Pas la moindre. Elle était soignée, coiffée, maquillée, et ses ongles étaient vernis et intacts. Rien qui permette de croire qu’elle a pu être séquestrée par un détraqué. C’est pas aujourd’hui que tu auras ton Guy Georges.

-Faut croire que non ! Quand Melkian aura appelé, et si ce qu’il a dit se confirme, on devra sérieusement fouiller l’ordinateur et le téléphone.

-C’est vrai…

Belkrane tourne et retourne le papier griffonné. Il tourne la tête, plisse les yeux. Il distingue, sous les coups de stylo, de fins caractères d’imprimerie. Tout n’est pas lisible, loin de là. Une adresse, un établissement commercial ? Peut-être une piste… Il fait glisser le papier vers Wiessbacher, en lui désignant du bout de l’index les petits caractères :

-Tu as vu ? On dirait une adresse, non ?

-On dirait, en effet.

Les deux hommes pensent à Nathalie Rouillon, leur collègue experte – officieuse – en imagerie numérique. Belkrane numérise le document haute résolution, et monte à l’étage où se trouve le bureau de sa collègue. Celle-ci accueille de bon cœur toute nouvelle activité qui viendrait interrompre l’interminable rédaction de son rapport. Belkrane lui explique sa démarche, qu’il lui a envoyé la photographie numérisée sur son mail, et ce qu’il aimerait qu’elle fasse. Elle jette rapidement un œil à la photo, avant de répondre :

-Je garantis rien, mais je peux sûrement t’arranger ça.

-C’est gentil.

Belkrane s’apprête à sortir, lorsqu’elle l’interpelle :

-Tu peux rester, dans dix minutes, on sera fixés sur ce que je peux en tirer !

-Tu es sure ?

Elle hoche la tête, le regard dans le vide. Elle est déjà absorbée dans les méthodes qu’elle va employer. Puis, elle pivote brusquement vers son ordinateur, charge l’image dans le logiciel de retouche, et commence ses clics. Détourage, zoom. Le curseur de la souris se promène sur des réglages, contraste, luminosité, balance des couleurs. Progressivement, les inscriptions au stylo s’estompent, les caractères d’imprimerie ressortent. Wiessbacher est admiratif ; Belkrane, lui, est déjà plus habitué à tout ça : il a grandi parmi les hautes technologies. D’ailleurs, son téléphone mobile vibre.

Il s’en saisit, et reconnaît le numéro du bureau de Melkian :

-Alors ?

-Alors, c’est confirmé. C’est quelqu’un d’autre qui lui a fait l’injection, elle n’a en aucun cas pu la faire elle-même. C’est un meurtre.

-Je te remercie, je monte chez le Grand Manitou. Bon boulot.

Belkrane croise le regard de Wiessbacher : il a compris.

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