Typologie des femmes 1: l’hyperactive qui fuit

TYPOLOGIE DES FEMMES

à l’usage des dragueurs

Cette typologie est le fruit de longues années d’observation passées dans la savane à la proximité immédiate de nombreuses femelles homo sapiens. En particulier, de celles à qui j’ai pu envisager un coït voire plus si affinités. L’idée est surtout d’éviter certains écueils dans lesquels j’ai pu tomber moi-même. N’est-ce pas chic de la part de votre serviteur ? De rien, c’est normal.

L’hyperactive qui fuit

Pourquoi commencer par celle-là ? Bah, c’est la première qui m’est passée par la tête, mais peut-être, aussi, est-elle à la fois répandue et la plus dangereuse parmi les pièges que la quête d’une partenaire peut compter.

Caractérisation et analyse

L’hyperactive qui fuit est une femme qui se fuit elle-même avant tout. Qu’elle se déteste ou qu’elle refuse simplement de se retrouver seule avec elle-même, elle déborde d’énergie pour multiplier les activités et les contacts afin d’échapper à ce qu’elle est ou ce qu’elle soupçonne d’elle-même. Elle est ainsi avenante, souriante, brille en société, peut être de compagnie agréable pour sortir le soir – et vous coûtera moins cher qu’une Ferrari. C’est l’avantage par rapport à la pétasse standard. Souvent, elle dispose d’un réseau amical et/ou professionnel étendu : chaque personne nouvelle dans sa vie est la perspective de nouvelles activités pour combler les temps morts de son existence. Elle peut donc s’emballer pour son job s’il lui plaît (et même s’il ne lui plaît pas, elle pourra tenter de se convaincre du contraire), ses hobbies, et n’importe quelle relation dont elle s’estime proche un minimum. On la rencontre donc assez souvent dans des secteurs impliquant de s’investir pour autrui : les médias, la prostitution, les ressources humaines, et le social, voire l’humanitaire. De même, elle nourrit souvent un goût immodéré pour l’aventure sous diverses formes : improvisation totale, voyages (parfois, les deux combinés, on sous-estime trop souvent le charme d’un voyage sans la moindre préparation à l’autre bout de l’Europe avec sa bite et son couteau), diversification des expériences (ce qui peut être un point positif s’agissant du plan sexuel), accumulation de réalisations, parfois dérisoires.

L’important est moins l’orientation des choix qui sont faits que le systématisme du choix de l’action par rapport à l’oisiveté inaction. Tout est bon pour ne pas succomber à ces instants angoissants où elle peut être amenée à se regarder dans la glace, et porter sur elle un jugement sévère – qui va bien plus loin que « chuis trop grosse » ou « cette jupe était déjà plus à la mode l’an dernier ». Elle préférera donc se faire chier en compagnie de demi-inconnus avec qui elle ne partage pas grand chose plutôt que de se poser tranquillement chez elle. Elle ne conçoit pas un samedi soir à domicile, sauf entourée, et ce recours systématique aux distractions la caractérise fortement : au final, ses relations sont au mieux utilitaires, au pire, complètement creuses. Quant à ses activités, auxquelles elle peut réellement prendre plaisir, elles ne les décrit que très rarement par ce qu’elle lui apportent – apprenez à repérer la prédominance des mentions des autres (« Gilles, le gros con de la logistique », « une vieille dame adorable du souk de Marrakech » etc) sur les mentions qu’elle fait d’elle-même, ou bien les descriptions pures sans véritable affect. On rapporte que certains cas extrêmes, avides de voyages et d’exotisme, infligent des séances diapos de leur croisière sur le Nil ou de leur trek au cœur de l’Amazonie.

Tel est le grand paradoxe de l’hyperactive qui fuit : elle met tant d’énergie à se refouler, se forclore, même, qu’elle devient, au final, le centre unique de sa propre existence. Mais, en creux.

Utilité et perspectives

Souvent, son côté bigger than life peut impressionner. Entre le côté potentiellement chaotique en surface mais assurément ordonné sur le fond de son existence, et le fait qu’elle le teste presque inconsciemment pour voir s’il colle au rôle qu’elle veut lui assigner, le candidat (NDA : vous, quoi) peut se retrouver désarçonné. Si vous êtes d’un naturel anxieux ou nerveux, vous risquez ainsi de vous retrouver tout de tics et de TOCs, et elle ne manquera pas de le remarquer. Si jamais elle vous fait part de son incompréhension à ce sujet, fuyez : elle manque tellement de recul sur elle-même qu’elle est incapable d’envisager un autre fonctionnement que le sien, et il y a fort à parier qu’elle n’est pas en contact avec la réalité. Ça se finira en engueulade sur les gradins du Parc des Princes où elle vous reprochera de faire la gueule alors qu’elle pensait vous faire plaisir, après que vous ayez martelé pendant des jours votre dédain pour ce sport et pour ses pratiquants.

Quoiqu’il en soit, ne croyez pas que, parce que vous êtes devenu son petit ami/chauffe-lit/accessoire automne-hiver, elle va vous accorder la place dont vous avez envie ou que vous pensez mériter. La place qu’elle vous réserve a été tracée bien en amont, en fonction de ses impératifs à elle, entre la nécessité d’être reconnue comme directrice d’agence du mois ou copine la plus fun, l’organisation de l’anniversaire d’une amie, les travaux dans sa salle de bains et son voyage improvisé à Madrid avec son meilleur ami gay qu’elle a envie de se taper depuis des lustres. S’agissant donc d’une relation, misez sur la légèreté, voyez ça comme une sorte de mondanité with benefits. Notez cependant que la plupart ne toléreront pas que, pendant qu’elles fument des pétards dans un squat à Berlin sans vous donner de nouvelles, vous laissiez traîner votre petit soldats dans des territoires moins dangereux. S’il s’agit de sexe et seulement de sexe – surtout s’il n’y a pas de clause de non-concurrence – ça peut être tout bénef’ : l’hyperactive qui fuit comptera sur vous pour remplir son seulement ses cavités naturelles, mais tout simplement ses nuits. Elle se montrera donc volontiers demandeuse, voire, aventureuse. Si vous la sentez open, proposez-lui des trucs bizarres et salaces qui vous la collent au ventre : elle sera peut-être intéressée. Il y a parfois des surprises.

Conclusion

La dangerosité de l’hyperactive qui fuit tient tout d’abord à son apparence d’équilibre, avec une vie bien remplie, entourée d’amis plus ou moins proches, avec tout le temps un projet sur le feu. Je reconnais qu’il y a matière à être emballé. Seulement, voilà, le risque que, si vous la serrez, toute la suite ne soit qu’un gros malentendu ne peut que m’inciter à vous recommander la plus grande prudence : ne vous y risquez pas si vous vous sentez déprimé, faible, vulnérable. Des périodes critiques dans l’année rendent l’exercice encore plus périlleux : partiels, bilans comptables, rentrées sociales des classes… Enfermée dans un monde fantasmatique (dans lequel le modèle standard prédit des licornes et des poneys arc-en-ciel), elle vous enfermera à votre tour dans la fiction qu’elle aura décrété être vous, jusqu’à ce que vous en ayez marre, et l’envoyez bouler. Si vous avez de la chance, elle aura tourné la page avant que vous n’ayez franchi les marches du perron. Si vous n’en avez pas…

hé bien, je vous souhaite d’avoir des amis qui prennent des nouvelles de vous régulièrement. Être attaché à un lit, seul dans une chambre obscure et froide, ce n’est pas agréable.

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