Typologie de3 femmes 2: l’idéaliste rattrapée par la réalité

L’idéaliste rattrapée par la réalité

J’ai une certaine affection pour celle-là, car elle présente un petit aspect tragique. Elle est un destin raté, qui aurait pu être beau, mais est au mieux banal. Elle peut être une expérience marquante, souvent de manière positive.

Caractérisation et analyse

Si l’intitulé du type n’est pas suffisamment explicite, il faut comprendre que l’idéaliste rattrapée par la réalité nourrit une vision idéalisée de sa vie, vision qu’elle n’a pas pu accomplir de près ou de loin du fait d’événements qui ont jalonné son existence. Les idéaux peuvent être de natures diverses : vie sexuelle débridée et libérée au maximum, amour-passion vécue avec un homme idéal (les mauvaises langues et les désabusés diront « chimérique »), vie sociale et professionnelle épanouie dans un boulot qui la botte vraiment. Malheureusement pour elle (et heureusement pour le chasseur avisé), la vie en aura décidé autrement. De fait, on la repère donc à ce que son attitude et son discours, sont bien souvent en décalage net avec son environnement, qu’il soit professionnel, amical ou familial. Typiquement, il pourra s’agir d’une femme instruite, aux manières délicates, un peu féministe sur les bords, volontiers indépendante, mais mariée au type inculte et grossier qui lui a fait quatre enfants, voire plus, et l’a entraînée à sa suite dans la maison familiale située à vingt bornes de toute agglomération de plus de deux cents habitants. Rêvant encore pour elle d’un ailleurs meilleur où elle ne serait pas vouée à torcher les mômes, elle se connectera volontiers sur internet, en particulier les réseaux sociaux où elle exprimera ses rêveries qui trahiront pour celui qui sait lire entre les lignes sa frustration. Il faut noter aussi que l’idéaliste rattrapée par la réalité n’est pas forcément une princesse raffinée enfermée dans le bourbier d’un ogre mal léché : on peut tout aussi bien imaginer une femme qui rêve depuis sa jeunesse de pouvoir s’éclater à fond une fois adulte (partouzer avec des gorilles, fumer des écailles de poisson-chat et claquer 80% de son revenu net chez The Kooples) et qui s’est retrouvée embringuée dans une vie plan-plan, métro-boulot-dodo, à cause d’un taf qui lui prend douze à quatorze heures par jour.

Il faut donc « vendre du rêve » à l’idéaliste rattrapée par la réalité. Pas du rêve impossible, ne soyez pas un imposteur. Montrez-lui simplement qu’avec vous, un bout – même petit – de ce dont elle se sent privée est possible. Faites-lui entrevoir les instants romantiques ou les scénarios cochons que vous vous proposez de lui faire vivre pendant que son mari est parti à la chasse dans son plus beau treillis camouflé ou bien entre deux semaines passées à prostituer son temps et ses compétences au nom du chiffre d’affaires.

Utilité et perspectives

Alors, là, tout dépend de l’idéaliste en question. Si votre proie est plutôt une princesse enfermée dans un donjon, vous pouvez envisager une relation amoureuse complète (attention, toutefois : vous resterez dans le rôle de l’amant, et des contingences auxquelles vous ne pourrez vous soustraire s’appliqueront), sans doute assez romantique voire passionnelle. Si votre proie est plutôt une délurée hédoniste emprisonnée dans un (arrière-) train-train quotidien glauque, n’espérez pas autre chose que « vous éclater », car elle n’a de place dans sa vie pour rien d’autre. N’oubliez pas que, quoi qu’il arrive, vous êtes et demeurez pour elle une valve de sécurité, une soupape qui lui permet de ne pas exploser sous la pression de sa frustration. Soyez prêt à lui apporter quelque chose qu’elle demande et pas autre chose. Sinon, passez votre chemin. Elle n’a de toutes façons pas de temps à perdre avec vous si vous ne répondez pas au cahier des charges.

Ne vous étonnez donc pas si vous vous retrouvez à promener en laisse sur un parking désert une femme à moitié nue que vous n’aviez jamais vue peut-être quelques jours seulement auparavant, tout en en rêvant secrètement au fond de votre plumard. Ne vous étonnez pas non plus de vous retrouver acteur de ces moments romantico-nunuches qui vous ont presque arraché des larmes dans cette salle obscure de l’UGC quand l’héroïne prend en silence la main du héros dans la sienne.

Le danger vient surtout de ce que, un peu à la manière d’un fluide sous pression s’échappant de son conteneur, la donzelle, lâchant prise à votre contact, se laisse aller à cette relation (fût-elle purement sexuelle) au delà du « raisonnable ». Les conséquences peuvent être diverses, mais assez tourmentées, entre une procédure de divorce pas facile (« Salope ! Pour te punir, je garde le chien, le semi-remorque et le FAMAS ! ») et une relation très intense avec vous, au sein de laquelle vous croirez perdre la tête, croirez possibles et des choses impossibles, avant d’atterrir avec une belle gueule de bois.

Conclusion

Si vous souhaitez que ça se passe bien avec une idéaliste rattrapée par la réalité, il vous faudra jouer finement, et garder le contrôle jusqu’au bout. Cela inclut de rester lucide, mais aussi de garder la donzelle lucide aussi – qu’elle n’aille pas s’imaginer que vous allez l’enlever en chevauchant votre cheval blanc qui n’est pas d’Henri IV ou que vous allez emménager chez elle pour un ménage à trois. Votre rôle ne sera pas et ne doit JAMAIS être celui du sauveur (sauf dans un scénario BDSM), mais celui du type qu’elle croise et avec qui ça se passe bien, histoire de souffler. N’oubliez surtout pas qu’elle vient avec tout un tas de casseroles, du genre mômes, emprunt immobilier, mode de vie particulier, collègues et amis qui auront du mal à comprendre ce que vous foutez là (ou feront mine de…), ainsi qu’une envie très forte de rattraper tout ce temps perdu. Si vous n’y prenez pas garde, vous vous ferez bouffer, et vous ne pourrez pas prétendre que je ne vous avais pas prévenu.

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18 réflexions au sujet de « Typologie de3 femmes 2: l’idéaliste rattrapée par la réalité »

  1. Tsss tss mon cher ami, je trouve votre analyse un tout petit peu trop restrictive.
    Cette pauvre femme chargée de tant de « casseroles » comme vous qualifiez cela si joliment (ce spécimen devant se situer autour de la quarantaine, moi j’aurais tout simplement dit qu’elle a une « vie » et tout ce qui va avec), bref cette brave femme donc, sous prétexte qu’elle semble avoir fait par le passé des choix qui lui paraissent à présent err)onés n’aurait donc pas droit à une seconde chance (sentimentale j’entends bien, puisque, rassurez moi, c’est bien de cela dont il est question sur ce blog, de sentiments ?
    Ses seules issues étant au pire de rester auprès d’un mari générateur de frustrations en tous genres, ou au mieux de finir seule parce q u’aucun mâle normalement constitué ne voudrait d’une seconde main dans son genre ?
    Bah punaise y’a de quoi se tirer une balle (avant de se voir retirer la garde du Famas)….
    Pour le reste l’analyse est assez fine, on sent bien le salaud, oh pardon, le « chasseur avisé », qui, tout prince charmant qu’il veut bien paraître, n’en agit pas moins par langage hormonal sans se soucier des dégâts collatéraux eventuellement occasionnés.
    NB : l’idéaliste frustrée existe aussi en version homme, marre du train train, du plan cul pépère du samedi soir quand-on-est-sûr-que-les-gosses-dorment

    • Il faut croire que je n’en ai pas fait assez dans le « too much », alors.
      C’est complètement parodique.
      J’ai d’ailleurs fait un post hier, où j’explique ça, avec un peu de désolation, quand j’y pense. Honnêtement: qui, parlant d’êtres humains, oserait mettre une rubrique intitulée « Utilité »? Même le contenu du discours me paraissait suffisamment chargé pour que le second degré paraisse dénué d’ambiguïté.
      Après, ce billet (comme les autres de la même catégorie) visait à railler certains guides de drague qui fleurissent sur internet, et surtout, leurs lecteurs et rédacteurs, à savoir, des mâles désireux avant tout de se faire dégorger le concombre sans s’embarrasser de considérations comme les ressentis de l’autre, ce genre de choses. Le premier à avoir fait ça – sans recul, semble-t-il – est Soral.

      Conclusion: il faut que je force encore le trait.

      • Ne forcez rien. Je n’ai pas dit que le salaud c’était vous..
        J’en ai juste reconnu un dans le portrait parodié de ce chasseur avisé..
        À part ça, étant moi-même adepte du cynisme-carapace et de l’ironie protectrice (à défaut des licornes et autres bisounours arc-en-ciel dont je préserve toutefois le monde pour ma fille en attendant de trouver le bon âge où, la mort dans l’âme, je devrai briser ses illusions), j’aime bien le trait de plume 😉

      • Merci merci. ^^
        OK, je me suis mépris, alors. Enfin, cela dit, c’est loin d’être un chef d’oeuvre. Juste un délire visant à libéraliser l’achat et la détention d’armes de 1ère catégorie. Je plaisante, oeuf corse.

        Enfin, voilà, je suis globalement plus fier du reste, qui a plus de prétention au plan littéraire, et dans lequel je me suis plus investi, même si ça ne suscite pas l’enthousiasme des foules.

        Oui, je fais ma promo! 😛

      • La production semble effectivement abondante. Pour avoir lu quelques uns de ces écrits et laissant volontairement de côté le style, je dirais que les thèmes sont trop sombres, trop torturés, trop négatifs pour être populaires. En d’autres termes ça vient des tripes et ça dérange. Et l’immense majorité de nos congénères a horreur, mais vraiment horreur, qu’on vienne la perturber dans son petit confort étriqué et rassurant.
        En d’autres termes encore : c’est bien de persévérer malgré tout, c’est quand même meilleur à déguster que des feuilletons de télé réalité ! 😀

      • Rien que pour ça, ça donne envie de continuer!
        Et j’adhère à cette analyse.

        Et tant pis pour les bisounours, qu’ils aillent se faire empaler par les licornes.

        Addendum: mon style a quelque chose de particulier?

      • Quand j’ai dit laisser volontairement de côté le style c’était simplement pour centrer l’analyse sur le fond.
        Je suis loin d’être une spécialiste, je fonctionne au feeling et là ça le fait bien.
        Cela dit par les temps qui courent, la simple lecture d’une phrase bien construite, grammaticalement correcte, qui respecte les plus élémentaires règles de syntaxe et sans fautes d’orthographe par dessus le marché finirait par me laisser rêveuse…:-)

      • Vu mon instruction, ce serait malheureux, je mettais un point d’honneur à cartonner en français au bahut!

        Cela dit, je ne suis pas non plus un spécialiste.
        Quoi de mieux que l’avis du public?

      • Il est effectivement difficile d’objectivement se jauger soi-même.
        Le bahut, le bac A…c’est loin ça…
        Mon truc à moi c’est la poésie, je suis trop couleuvre pour écrire quelque chose de plus long !

      • Je suis globalement imperméable aux vers (y compris de farine), sauf accompagnés de guitare.
        Pour preuve, mes affligeantes tentatives à la (douce) époque de la fac.
        Heureusement, ces documents sont perdus pour la postérité. 😀

      • Raaa là là, beaucoup de gens semblent ignorer qu’il existe des poètes écrivant aussi en prose (c’est tout de suite moins compliqué ^^)
        S’il faut n’en lire qu’un, ce sera Baudelaire (oui moi aussi je respire la joie de vivre…:)
        Cf.par exemple « Le port » parmi mes favoris.

        Écrivain et musicien ?

      • Non, je ne peux pas tout cumuler, et Sting et Iron Maiden le font bien mieux que moi. Mon voisinage se réjouit de la poussière qui recouvre ma guitare. C’est bien trop exigeant pour un reptile comme moi. Mon truc annexe, ce serait plutôt le gribouillage.

      • Le gribouillage….alors au vu du style littéraire et des goûts musicaux je miserais sur un truc bien trash …l’aquarelle peut être ? 😀
        Ou sinon mangas ou fantasy.

      • Hé mine de rien, l’aquarelle a son charme. Mais du clair-obscur avec une pointe de rouge, j’adore. Je me suis souvent évertué à singer messieurs Mignola et Miller.

        Un peu ras-le-bol du style manga…

  2. savaiAh non mais attention j’aime beaucoup l’aquarelle hein ( de toutes façons étant moi-même et à mon grand regret dépourvue de tout talent artistique à ce niveau, j’ai toujours crevé de jalousie à l’égard de celles et ceux qui parviennent, par quelques coups de crayons, pastels, plumes, pinceaux ou autres outils, à donner forme à un personnage, une idée, voire une histoire 🙂
    À ce propos, le style littéraire que vous affectionnez s’accomoderait très bien d’un support BD, noire et réaliste.
    Peut-être une piste pour populariser la chose ?

    • C’était mon ambition lorsque je portais des culottes courtes (expression absurde, je ne portais que des jeans, m’enfin, on s’comprend).
      Au vu des conditions en vigueur dans ce milieu (en gros, seuls les plus stakhanovistes s’en sortent à peu près), et mon hypertrichose palmaire, j’ai préféré abandonner.

      On ne vantera jamais assez le glamour du Code des Marchés Publics et de la nomenclature M14. ^^

      Et puis, pour populariser mes écrits… Ficher ou Scott, sinon, rien! 😀 (aïe, mes chevilles…)

      • Les chevilles sont sauves, j’y connais que dalle en BD, suis donc pas impressionnée 😀

        Un fonctionnaire atteint d’hyperthricose palmaire…intéressant…cette phrase ne recèlerait-elle pas un pléonasme ? ;-p

        Moi aussi, les plans de comptes, principes budgétaires et autres dispositifs de péréquation sont l’objet de tous mes fantasmes…:-D

      • Et encore… si les contribuables savaient… Mais oui, il y a quelque chose du pléonasme.
        C’est aussi faire l’impasse sur l’incomp… le savoir-faire en cours d’acquisition depuis une quarantaine d’années de certains.
        Mais, je digresse.

        Je déplore que nous soyons si peu à frémir à la lecture de mots tels que « chapitre », « nature », « amortissements » et « acte spécial de sous-traitance », ces termes qui suintent pourtant d’une sensualité…

        …relative! ^^

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