Gott ist todt (2010)

Pierre: Tu sais pourquoi on t’a convoqué?

Lucifer: Non, mais quelque chose me dit que vous allez me faire une annonce fracassante.

Gabriel: Pour le moins! C’est pour ça que je suis là!

Lucifer: Bon, allez, balancez, j’ai pas que ça à faire. Et puis chez vous, c’est triste, c’est tout blanc et on se les gèle, c’est déprimant.

Pierre: Et chez toi, c’est bordélique, on y étouffe, voilà, t’es content?

Lucifer: Très. Pouvez pas éteindre la lumière? C’est aveuglant…

Gabriel: Tu vas nous les casser longtemps? Pierre, je me demande si on a bien fait de le faire venir…

Pierre: Tu voulais quoi? Qu’on lui envoie un fax?

Gabriel: Je sais pas, on aurait pu envoyer un messager…

Pierre: Ça n’a jamais marché. Ils ne sont jamais revenus.

Lucifer: Pourtant, à chaque fois, j’ai eu l’info. Qu’ils ne soient pas revenus, ça ne vous questionne nullement?

Pierre: On devrait se poser des questions?

Lucifer: Je sais pas. Moi, à votre place, je me poserais des questions…

Pierre: Ouais, bon, on verra ça une autre fois. T’es prêt pour le scoop?

Lucifer: J’étais prêt dès la création, mes agneaux.

Pierre: Bon, Gaby, tu veux le faire?

Gabriel: Ouais, je m’en occupe. Bon, tu as dû remarquer depuis un certain temps qu’on a pas mal perdu d’influence…

Lucifer: Ah ça, c’est inratable! Qu’est-ce qui vous arrive, d’ailleurs?

Gabriel: J’y viens. Tu sais qu’avec une organisation comme la nôtre, une action d’ampleur, et occuper le terrain, ça ne se fait pas sans chef…

Lucifer: Bien sûr.

Gabriel: C’est là que ça devient gênant: cette perte d’influence, tout ça, ça a une origine. Y a plus de patron!

Lucifer: Si vous m’avez convoqué pour vous foutre de moi, ce n’est pas sympa.

Pierre: Non, non, je t’assure! Plus la moindre nouvelle!

Lucifer: Alors là, ça me la coupe! Vous avez lancé des recherches?

Pierre: Tu penses bien que oui! On fouillé partout, sans rien trouver. Et puis quand on s’est décidé à aller voir dans la salle du trône, pour trouver des indices…

Lucifer: Et…?

Pierre: Et il n’y avait sur le bureau ovale qu’un havane à peine fumâillé, et une crème brûlée dont il avait laissé une bonne moitié. Il était donc parti précipitamment. Je suis allé voir sur son fauteuil, et il s’est sûrement désintégré là: j’y ai retrouvé un ressort rouillé, un peu de paille et un chewing-gum à la goyave.

Lucifer: MOUAHAHAHAHAH! Le patron, le Grand Patron s’est désintégré?

Gabriel: C’est, hélas, la stricte vérité. Enfin, une certaine formulation de la Vérité.

Lucifer: Et sinon, ça peut se dire comment? Il a mis les bouts?

Gabriel: On pourrait choisir un vocabulaire moins relâché, mais en gros, c’est ça.

Lucifer: Ho putain de merde. Ca remonte à quand?

Pierre: On sait pas, au juste. Le service d’ordre ne nous a pas été d’une grande utilité…

Lucifer: Je sais, ils émargent chez moi, la mutuelle est plus intéressante. Bon, et alors? Qu’en dit Jésus?

Pierre: C’est que…

Gabriel: …tu vois, quand on s’est aperçus de ça, ça faisait un bout qu’on l’avait pas vu, le fils, et depuis, pas de nouvelles non plus. Son chapeau de paille et son râteau sont bien rangés dans son vestiaire…

Lucifer: C’est bon, ça! Vous êtes complètement décapités, alors!

Pierre: Ne te réjouis pas trop vite, nous avons encore des partisans!!!

Lucifer: Oui, oui, bien entendu, je le sais. mais pour le principe, c’est quand même bon. J’ai le droit de me réjouir, non?

Pierre: Ben, en principe, non. De toutes manières, tu ne pourras pas ébruiter la chose, tout le monde croira à une nouvelle manipulation que tu auras sortie de ton sac à malices…

Lucifer: C’est vrai que depuis que je suis dans l’opposition, vous n’avez pas vraiment fait grand chose pour soigner ma crédibilité!

Pierre: La faute à qui? Tu pouvais nous rejoindre, mais tu as préféré nous chier dans les bottes!

Lucifer: Ca ne me convenait pas, le Parti Unique, désolé… Le patron bienveillant, on repassera.

Gabriel: Je t’interdis de parler de lui ainsi!

Lucifer: Ta gueule. Juste ta gueule. Tu ne sais même pas ce qu’est le libre arbitre. Tu n’as plus de chef, et tu trembles de tous tes membres. Bon, les loulous, c’est pas que je m’emmerde, mais je vais vous laisser à vos obligations, hein, faut assurer l’intérim’! Vous ferez de ma part une grosse bise à Staline et Tonton Adolf, ok? Merci d’avance!

Il faut tuer Yeshoua Ben Yossef (2014)

Pilate contemplait la foule à ses pieds. Ces visages grimaçants, ces poings serrés, ces bouches ouvertes comme essayant de festoyer de ses mollets, réclamaient la libération de Bâr Abbas. Il se félicitait de la dépense qu’il avait consentie. Les Grands Prêtres avaient agi selon son souhait, et désiraient ardemment la mort du rebelle nazaréen. Bâr Abbas, bien que méritant mille fois le supplice pour s’être opposé à Rome, n’était pas, en soi, une menace. Sa petite bande n’était faite que de gueux avides d’influence, si médiocre fût-elle. Mais Pilate avait besoin d’eux, pour maintenir une agitation bénigne, mais suffisante pour justifier ses demandes à Rome de moyens supplémentaires pour étendre son influence sur la région.

La nazaréen, lui, était bien plus dangereux. Son idéologie, son charisme, en faisaient un chef apte à se poser en alternative crédible à la domination romaine, et c’était inacceptable. Néanmoins, sur la forme, il ne tombait pas sous le coup de la loi romaine, il lui était donc impossible de le condamner sans jouer la carte du despote jaloux de son pouvoir. Pilate avait donc demandé – moyennant espèces sonnantes et trébuchantes – aux Grands Prêtres de monter une accusation sans faille selon les critères des Juifs, afin qu’il apparût aux yeux de la foule comme la bête à abattre. Et, le tour de passe-passe avait fonctionné à merveille : Yéshoua Ben Yossef, qui aurait pu être le libérateur de la Palestine, était devenu la bête immonde, celui dont tous voulait la mort. Il ne resterait plus à Pilate, une fois toute cette histoire réglée, d’imaginer une belle histoire pour prolonger la soumission des populations locales, en les invitant à se réjouir de leur statut d’esclaves. À ses pieds, l’agitation croissait.

Il se leva alors, et déroula son chapitre moralisateur et culpabilisateur : solennellement, il fit le geste de se laver les mains, en rappelant que ces mains demeureraient propres du sang du Nazaréen – dont il rappela l’innocence – puis se rassit. L’effet produit fut celui escompté : rien. Néant. Autant tenter de raisonner une meute de chiens enragés. Mais, il avait fait le nécessaire, il avait défendu sa position officielle. Dès lors, il n’avait plus qu’à faire crucifier Yéshoua Ben Yossef et faire circuler, grâce aux hommes qu’il avait recrutés dans l’entourage du fâcheux, une jolie légende racontant que ce qui s’était produit était préférable à toute option, et que, après tout, on n’était pas si mal en ce monde.

Sur le Golgotha, tout le monde gardait son quant-à-soi. Le moment était solennel. On avait quand même une exécution publique, celle d’un garçon apprécié, charismatique et talentueux. Sa mère et sa maîtresse le pleuraient déjà, alors qu’il n’était pas encore mort. « Très noble Pilate, lui glissa un centurion, sais-tu où est le père du supplicié ? » Pilate haussa les épaules avant de rétorquer : « C’est un cornard qui nous a appuyés, sa place n’est pas ici. Il a déjà la satisfaction d’être débarrassé de son bâtard… » Le centurion haussa les épaules à son tour, et reprit sa posture digne, entre solennité et ennui. Il espérait qu’il y aurait un peu meilleur que le vulgus au dîner, car il commençait à fatiguer, et avait envie de faire un bon repas. Pilate, lui, observait la foule autour des suppliciés – oui, il avait fait un lot, c’était plus commode, et évitait de donner au Nazaréen trop d’importance. Comment sa maîtresse s’appelait-elle, déjà ? Ah, comme c’était dommage, la mémoire ne lui revenait pas. C’était un bien joli bout de femme, aux cuisses accueillantes, et, disait-on, aussi favorables aux Palestiniens qu’aux Romains. Quelques proches du rebelle pleuraient à chaudes larmes, soutenant Mâryam, sa mère, et ses frères et sœurs. C’était l’abattement, le plus tragique, le plus profond. Les Juifs qui le suivaient ne se risqueraient pas à se dresser contre Rome.

Pilate attendit encore un moment, puis s’en alla sans même un regard pour le supplicié qui l’insultait dans sa langue, implorant ses disciples de le venger. Il n’avait sans doute pas compris qu’ils étaient vendus à Rome, et l’avaient vendu, plus sûrement que leur complice aux trente deniers. Une fois revenu dans ses appartements, il convoqua le chef de la garde, Demetrius Gala, et lui donna l’ordre suivant :

« Lorsque le Nazaréen sera mort, tu confieras son corps aux Juifs, assure-toi de repérer son tombeau.

– Bien. Que dois-je faire ensuite ?

– Deux nuits après l’inhumation, récupère le cadavre, et fais-le disparaître. Brûle-le, équarris-le et jette-le aux chiens, s’il le faut. Je m’en moque. Mais, qu’il disparaisse !

– Mais… les Juifs ne me laisseront jamais accéder au tombeau !

– Prends avec toi des légionnaires qui parlent leur langue, et faites-vous passer pour des proches du défunt, ou, que sais-je ? Au besoin, exécute les gêneurs ! Je m’occuperai de ton alibi.

– Je pars sur le champ, très noble Pilate. »

Le soleil était déjà haut dans le ciel, lorsque, sur le Golgotha, un murmure parcourut l’assistance : « Yéshoua est mort. » La puanteur était étouffante – bien souvent, les suppliciés, ivres de douleur et de fatigue, relâchaient leurs sphincters, et urine et fèces se décomposaient sous un soleil de plomb. Le centurion de faction pressa l’un de ses légionnaires de vérifier si le Nazaréen était bien mort – il savait que non, car il voyait encore ses lèvres et ses paupières bouger. Le légionnaire, froidement, prit donc sa lance, et en enfonça le fer dans le flanc du supplicié, lui arrachant un gémissement, ainsi qu’une fontaine de sang. Quelques secondes plus tard, son corps s’affaissa, et le sang ne fit plus que ruisseler de la plaie. C’était fini, il était bel et bien mort. Le centurion connaissait les ordres.

Une sinistre mascarade allait alors avoir lieu. Les Juifs contenant leur peine pour les uns, l’exprimant avec force pour d’autres, se regroupaient autour du corps pour l’enrouler dans son linceul, après que sa mère et ses frères l’eussent une dernière fois embrassé. Leurs visages poussiéreux étaient tous zébrés de sillons des larmes qui ne cessaient de rouler sur leurs joues. Ils avaient de la peine, c’était évident. Une tristesse abyssale, insondable. Demetrius Gala était venu habillé en Hébreu, entouré des douze traîtres. Ils s’étaient joints à la foule, pour accompagner le corps jusqu’au tombeau. Tout semblait bien se dérouler lorsque la maîtresse du Nazaréen, ivre de douleur, se jeta sur le cadavre, tremblante et en larmes. Éviter, l’incident, à tout prix. Gala attendit donc qu’elle se ressaisisse, puis souleva les pieds du mort en encourageant les autres à l’accompagner. Le cortège, silencieux, arriva devant le tombeau, une simple grotte naturelle à flanc de colline. On alluma des torches, pour se guider, et on déposa le corps au plus loin qu’autorisaient les lieux, puis, le cortège, après un moment de recueillement, finit par s’éloigner.

Gala et les douze disciples de Yéshoua Ben Yossef qui l’avaient trahi pour Rome campèrent un moment à quelque distance du tombeau, « pour lui rendre hommage par la prière ». Une nuit passa. Puis une journée. Finalement, la nuit tomba à nouveau. Les fidèles se relayaient pendant la journée, mais il n’y en avait pas la nuit. La seconde nuit, Gala s’introduisit dans la grotte, suivi de quelques acolytes, pendant que d’autres faisaient le guet. Ils avaient pris avec eux des sacs de toile. Avec habileté, le chef de la garde romaine découpa le cadavre, et répartit les morceaux putrides dans les différents sacs. Shimon s’était, depuis le début, acquitté de toutes les tâches, avec une efficacité qui avait fait froid dans le dos à ses compagnons, et même à certains soldats romains. Gala lui tendit un sac :

« Voilà la tête. Emporte-la de ton côté, et débarrasse-t’en. Jette-la dans le Jourdain, par exemple.

– Comme tu voudras.

– Ensuite, tu te rendras à la préfecture. Pilate veut te voir.

– T’a-t-il dit à quel sujet ?

– Non, il n’a rien dit. Il ne semblait pas en colère, si c’est ce que tu veux savoir.

– Merci, je m’y présenterai donc. Que vas-tu faire du suaire ?

– Je vais le brûler dans le feu.

– Que dire aux pèlerins qui, demain, découvriront le tombeau vide ?

– Pilate a un plan très spécial, à ce sujet-là. Je crois qu’il veut t’en faire part, si tu veux mon avis.

– D’accord. Au revoir, guerrier. »

Et Shimon s’éloigna dans l’obscurité, avec, à la main, le sac malodorant contenant la tête du supplicié. Encore quelques heures, et un nuage de mouches immondes volerait autour dans un bourdonnement obscène.

Pilate contempla Shimon en éprouvant plein de choses contradictoires. Il ne pouvait qu’avoir du respect pour celui qui, sans trembler, avait pu commettre la trahison, la profanation du corps d’un défunt, tout ça au nom d’une cause supérieure à sa personne. Mais, il ne pouvait, aussi, que mépriser cet homme qui, pour un peu d’or et pour sa tranquillité, avait trahi l’homme qui aurait pu restaurer le royaume ancien des Juifs – et se prétendait, officiellement, leur roi. Il méprisait aussi ce peuple, incapable de discerner les grands chefs, qui préféraient les vouer à la mort, plutôt qu’au pouvoir. Au final, ils méritaient bien ce qui leur arrivait, estimait-il. Pilate se saisit d’une cruche de vin, et la lui tendit. Shimon refusa, l’air grave. Il semblait craindre pour son existence. Le Romain laissa éclater sa joie suffisante.

« Ne fais pas donc cette tête ! Tu es un homme riche et tu as bien servi Rome ! Aujourd’hui, la plus grande menace contre mon autorité en Judée a été écartée, définitivement. Et ce, grâce à ton aide. Sois-en remercié !

– Définitivement ? Et le cadavre ? Demetrius Gala m’a dit que tu avais un plan.

– Il a dit vrai ! Depuis le lever du soleil, deux ou trois de mes hommes parlant hébreu, et déguisés, courent partout dans les rues de Jérusalem pour dire que le Nazaréen n’est plus au tombeau, qu’il est revenu d’entre les morts. Ils racontent qu’il a rejoint son dieu dans le ciel.

– Ton secret est donc bien gardé…

– Et j’espère que mon mensonge sera soigneusement répété. Et, pour l’entretenir, l’officialiser, je dirais, j’aurais besoin de toi.

– Pour quoi faire ?

– Pour reprendre l’enseignement du Nazaréen, le détourner à mon profit, et propager une légende que je forge de toutes pièces autour de lui. Vivant, il était dangereux, car il disait ce qu’il voulait. Mort, il est mon allié, car il dit ce que je veux.

– Je commence à comprendre… Et tu veux que je me fasse complice de cette supercherie ?

– Exactement. Tu as un sens politique, c’est indéniable. Je te protégerai, au nom de Rome. Alors, qu’en dis-tu ? »

Shimon réfléchit en silence, de longues minutes, fixant le bout de ses sandales. Le temps se dilata jusqu’à l’insupportable. Il sentait le regard de Pilate sur lui.

Finalement, il soupira.

Il était d’accord.

Le 11/06/2014 à 16h20

Typologie des femmes 5: la jeune fille flippée

La jeune fille flippée

Celle-là est relativement courante, principalement en dessous de trente ans – mais certaines ont une espérance de vie bien plus longue. Touchante par son innocence, la jeune fille flippée peut vous faire passer de bons moments, mais peut demeurer une expérience regrettable, si vous ne savez pas où vous mettez les pieds.

Caractérisation et analyse

La jeune fille flippée se signale principalement par une attitude que l’on qualifiera volontiers de rêveuse – souvent créative, elle affectionne les mondes imaginaires (S-F, Fantasy, Fantastique), goût qu’elle s’efforce souvent de retranscrire dans la réalité par un sens artistique empreint de ces mondes. Si elle n’a pas vraiment de don en la matière, elle trouve le moyen de le matérialiser par la fréquentation de milieux qui y sont rattachés. Elle se retrouve donc volontiers parmi les amatrices de mangas, les gothiques, les cosplayeuses. Certaines vont à adopter le look gothic lolita, mêlant le sombre et torturé du monde gothique à l’innocence d’un monde enfantin auquel elle n’a pas totalement renoncé. Les cas désespérés gardent ce look vers la quarantaine, voire, au-delà. Elle s’entoure de gens partageant ses goûts, souvent jeunes (maximum, vingt-cinq ans environ, la limite n’évolue pas avec l’âge du sujet), et aime à passer beaucoup de temps avec eux. Souvent sensible, voire, hyper-sensible, elle se signale aussi par des statuts publics, sur les réseaux sociaux ou sur son blog personnel, à la forme comme au contenu souvent enfantins, voire, infantiles. Elles s’épanchent volontiers sur un ton geignard sur les difficultés à se trouver l’homme parfait ou bien à être comprise et/ou acceptée dans ce monde si cruel. La jeune fille flippée est avant tout quelqu’un qui a du mal à quitter le monde de l’enfance – pas forcément de la sienne, ce peut être une enfance fantasmée, une construction a posteriori – et considère le monde des adultes (ou « monde réel », ce qui revient peu ou prou au même) comme sordide, violent, cynique et destructeur. Elle préfère donc se réfugier dans un monde de bisounours, de poneys arc-en-ciel et de licornes aux grands yeux. Les plus audacieuses préféreront se frotter à ce monde, et se blinder en arborant un look rugueux (metal, gothique), pour se protéger autant que pour se rassurer.

Utilité et perspectives

La jeune fille flippée est une sorte de bête sauvage effarouchée par la grande ville. Constamment sur le qui-vive, elle est pour ainsi dire blessée avant même que ne parte la flèche. Elle en a déjà pris plein la gueule, et pourtant, son esprit reste rempli de rose bonbon et de cris d’enfants qui jouent dans le jardin. Les plus meurtries sont perdues pour la cause, et, au lieu de flippées, on peut les qualifier d’aigries. Elles se sont définitivement fermées au monde, et vivent dans le leur, à la limite de l’autisme. Les autres peuvent encore être sauvées, ou, en tout cas, faire des partenaires de route acceptables, voire super-chouettes. Mais, il y a un chemin, jusqu’à leur cœur, et jusqu’à la raie de leurs fesses.

Du fait de sa candeur et de sa sensibilité, la jeune fille flippée peut être une amante passionnée et tendre. Il faut simplement (euphémisme!) la mettre en confiance. Ne soyez donc pas cynique. Essayez surtout d’être tout à la fois naturel et positif (en gros, occultez ce qu’il y a de plus poisseux en vous). Bercée d’idéaux issus d’une vision enfantine de l’amour, elle sera aussi fidèle, ce qui est un atout si vous souhaitez vous trouver une compagne qui le soit. Attention, il faut jouer franc-jeu avec elle, non seulement pour des raisons éthiques, mais aussi pratiques : même raide dingue de vous, elle continuera à être une bête fragile, qui craindra pour sa peau. La moindre ambiguïté de votre part insinuera le doute dans son esprit, et, soit elle vous quittera (solution de la fuite en avant), soit elle deviendra chiante, méfiante, voire, hyper-jalouse et possessive.

En résumé, si elle peut être une bonne surprise, la jeune fille flippée peut être perçue avant tout comme un challenge – non pas au plan de la séduction, car, malgré son éventuelle expérience, elle se comportera presque immuablement comme une collégienne à la boum de fin d’année – mais bien au plan de la vie à deux, ou du moins d’un couple qui dépasse le simple stade du polissage de piston.

Conclusion

La jeune fille flippée, ce n’est pas pour tout le monde. Il faut être resté un peu romantique, et avoir gardé au fond de soi l’envie de partager pour s’y intéresser. Si le seul cul vous intéresse, vous risquez de vous y casser les dents : dans le meilleur des cas, elle vous enverra bouler. Dans le pire des cas, elle sera tombée amoureuse, et vous aurez le rôle très enviable du salaud prévisible. Par ailleurs, des évolutions sont possibles, et si vous menez votre barque de manière appropriée, elle pourrait même devenir une femme équilibrée !

Comment j’ai cédé ma place dans le train à une femme enceinte

C’est un jour ordinaire, enfin, plus ou moins. Été, service allégé, ça fait une semaine, voire plus, que la navette spatiale qui me conduit vers Gare du Nord se retrouve complètement blindée à mi-parcours. Je bouquine tranquille – sans doute un John Le Carré – avec mes écouteurs sur les oreilles. Montant en bout de ligne, j’ai pu – normal – avoir une place assise.

Je ne fais chier personne, en somme.

Et là, paf, c’est la cata, le tsunami, la tornade F5 plein cadre, les orgues de Staline dans les plaines de Silésie ! Bref : dans la cohue, alors que je lève les yeux pour esquiver un énième sac à main surdimensionné porté sur le côté, voilà qu’une bonne femme me fait des signes que je ne comprends pas. Un check mémoire rapide m’apprend que je n’ai pas couché avec elle, et que ce n’est pas une connaissance professionnelle. À quoi riment ces signes ? Qu’est-ce qu’elle veut ? Ah, je crois comprendre : elle veut ma place ! Ce n’est pas moi, qu’elle désigne, mais mon siège. De l’autre main, elle désigne son ventre. La courbure locale est prononcée : grossesse, ou Crohn ? A priori, la première version est la bonne. Elle est déjà sur moi, je n’ai pas d’autre choix que d’obtempérer. Je lève mon cul, sans avoir le temps de ranger mon bouquin ou de refermer mon sac à dos.

Et je me retrouve comme un con debout dans l’allée centrale, à ne pas trop quoi savoir faire de mes glingues. J’avais l’impression que tout le monde me regardait, l’air réprobateur. Le pire, c’est que ce n’était pas forcément faux. Mais putain, pourquoi elle voulait ma place ? Il y en avait d’autres, non ? D’autres, d’ailleurs, plus près de la porte, qu’elle aurait pu demander à n’importe qui d’autre ! Mais, non : comme un putain d’emmerdeur de chat, elle avait décrété que c’était sa place. Et les amateurs de chats savent autant que moi de quoi sont capables ces redoutables prédateurs de places sur le canap’. Passée la honte de n’avoir pas (su) obtempérer dans les meilleurs délais à l’injonction nataliste (les femmes enceintes sont à peu près, chez nous, l’équivalent des vaches sacrées en Inde, si j’ai bien observé), je suis surtout envahi d’un sentiment d’injustice. Pauvre de moi ! Je n’avais pas pris la bonne place, j’avais pris celle qu’elle se réservait sans doute, parmi toutes les autres qu’elle aurait pu exiger.

Le résultat : l’amertume d’un cocu, le sentiment de s’être fait rançonner au nom de la bienséance. Le pire, c’est qu’à l’instar des traîne savate de Gare du Nord, qui essaient systématiquement de gratter des cigarettes d’un geste universel lorsqu’on croise leur regard, sans même se donner la peine de se déplacer pour nous adresser la parole, je crois qu’elle ne m’a demandé ma place que parce que j’ai levé les yeux au mauvais moment et dans la même direction, c’est à dire, vers là où elle se trouvait au moment où elle y était. On note néanmoins que les branleurs avachis sur leurs sièges, avec les guitares à l’équerre, elle ne leur a rien demandé, et ils n’ont pas bougé le petit doigt.

Je paye donc pour eux, aussi.

La prochaine fois, on ne m’y reprendra pas, je ne lèverai pas les yeux de mon bouquin.

ADDENDUM by Le Tigre (son blog, Quand le tigre lit):

Le rer, c’est comme à Bogotá : AUCUN eye contact. Tu te feras baiser sinon.

Typologie des femmes 4: l’obsessionnelle en quête de perfection

L’obsessionnelle en quête de perfection

Celle-là, on la rencontre pratiquement partout, mais elle demeure relativement rare. Sa dangerosité est variable, et dépend énormément de la profondeur de sa névrose, et de son rapport à la réalité. Certaines pourront n’être pour vous qu’une expérience passagère et pour le moins étrange, incompréhensible, pour d’autres, elle sera un souvenir qui vous hantera longtemps après la fin de votre analyse.

Caractérisation et analyse

Il est difficile de la repérer, car elle ne présente pas de signe typique, bien qu’elle puisse présenter quelques troubles psychiatriques, comme une addiction – généralement, aux stimulants. On ne peut néanmoins pas s’y fier, car ce n’est pas systématique. L’obsessionnelle en quête de perfection s’acharne à chercher et/ou à construire dans un ou plusieurs domaines de sa vie ce qu’elle considère comme en étant la perfection. Cela peut-être d’ordre intime (sexuel, sentimental, familial), personnel (trouver une ou des activités plaisantes), professionnel, ou même narcissique. Ça peut être plusieurs de ces secteurs, voire, l’ensemble. C’est à partir de là que les signes qui ne trompent pas peuvent être repérés – ils nécessitent néanmoins une assez longue période d’observation, si possible sans condamnation pour voyeurisme ou autre truc du même genre. Le caractère obsessionnel apparaîtra en constatant les centres d’intérêt limités de la donzelle : à vrai dire, ces centres d’intérêt en faible nombres sont autant de tropismes obsessionnels vers la perfection qu’elle recherche – sans le moindre questionnement sur la légitimité ou la faisabilité de la démarche. C’est comme ça et pas autrement ! Si, par exemple, elle aspire à une vie domestique et sentimentale parfaite, toute son énergie sera consacrée à ces sujets : comment y parvenir, quelles sont les meilleures modalités et circonstances, recherche du partenaire qui saura favoriser cet accomplissement. Fonctionnant de manière binaire (l’enjeu est trop important pour qu’elle se laisse aller à des compromis), avec elle, ça passe ou ça casse. Ses jugements en la matière se signalent donc par leur aspect tranchant, sans nuance. Sur tous les autres sujets, ses jugements se signaleront surtout par une indifférence marquée. Bref, en dehors du design et du style de la maison, de la cuisine équipée en pin de Norvège, du nombre d’enfants, du monospace pour accueillir tout ce monde et du labrador (pour reprendre l’exemple précédent), rien ne l’intéressera.

Utilité et perspectives

Selon le caractère obsessionnel de la donzelle, vous pourrez être reconnu comme compatible ou potentiellement compatible avec son rêve de perfection. Cela pourra être thématique (l’amant rêvé, le père pour ses enfants présents – le géniteur s’étant fait la malle bien plus tôt – , le pourvoyeur de moyens financiers ou de statut social) ou global. Tout dépend de la capacité qu’elle percevra chez vous à assumer le rôle qu’elle veut vous faire endosser. Si vous correspondez réellement à ses attentes, elle vous laissera donc peut-être entrer dans sa vie, mais n’oubliez pas que, en dehors du rôle qu’elle vous aura assigné, elle ne vous reconnaîtra pas d’existence individuelle : si vous êtes l’amant, elle ne vous laissera pas faire les courses, organiser des activités. Au mieux, si vous êtes plus costaud, vous vous taperez le bricolage ou le port de charges lourdes. Cela ne l’empêchera pas de vous imposer le partage des tâches lorsqu’elle en aura marre ou sera fatiguée de tout assumer elle-même. Ne vous avisez pas de lui faire remarquer que c’est elle qui, de son propre chef, accapare toutes les tâches, y compris les plus intéressantes. Son prince charmant ne dit pas ça !

Tout ça pour quoi, alors ? Hé bien, en dehors du cas où l’obsessionnelle en quête de perfection cherche un amant parfait, que ce soit au plan sexuel ou sentimental, tout ce que vous ferez, serez, ou aspirerez à être ou à faire, pour vous ou pour elle, ne rencontrera, au mieux, qu’une indifférence blessante. Si, de surcroît, vous vous enferrez dans cette relation alors que, franchement, y a pas moyen (très forte probabilité), mettons, par exemple, si vous êtes tombé amoureux, elle risque de vous en faire voir de toutes les couleurs, si elle ne vous vire pas. En effet, complètement enferré dans sa quête chimérique, et se calant uniquement sur ses propres cognitions, elle s’efforcera de vous faire rentrer dans le moule. Oui, au masculin, bande de cochons. Ce sera donc une affreuse entreprise de destruction qui se soldera par la disparition irrémédiable de votre estime pour vous-mêmes, ou une rupture scellant une perte de temps effroyable.

Conclusion

A moins d’avoir une âme de samaritain et de vous fixer pour mission d’essayer de sortir la dame de son univers super-calibré qui n’a pas dû évoluer depuis ses huit ans environ, vous n’avez rien à faire à traîner vos guêtres dans ce genre de personne relation. Les efforts qu’il vous faudra déployer pour savoir si c’est possible, comment, et les frustrations que ne manqueront pas de vous apporter une telle relation tronquée ne valent même pas le plaisir que vous en retirerez – sauf PQPMR (Plan Q Plus ou Moins Régulier). Et encore. Renseignez-vous plutôt sur la célibataire du troisième, celle qui paye pas de mine.

Typologie des femmes 3: l’allumeuse qui n’assume pas

L’allumeuse qui n’assume pas

Parfois confondue avec l’hyperactive qui fuit, l’allumeuse qui n’assume pas en est pourtant distincte. Sa dangerosité est moindre, car elle est moins trompeuse. Elle représente néanmoins pour les pauvres êtres de chair (faible) que nous sommes – a fortiori inexpérimentés – une tentation à laquelle il convient de ne pas céder avec déraison.

Caractérisation et analyse

Le caractère d’allumeuse n’est pas bien difficile à déterminer, même sans en avoir côtoyé de très près. C’est une espèce répandue, surtout dans une tranche 15-25 ans, mais ça peut se prolonger au-delà. Globalement, l’allumeuse est incapable d’envisager les rapports à l’autre sexe – parfois les deux pour les plus délurées – sous un angle autre que la séduction. C’est d’ailleurs souvent un rapport monovalent : elle sera volontiers tout décolleté et mini jupe dehors avec vous, mais sera bien refroidie lorsque vous lui sortirez votre numéro de séducteur du Grand Bassin. En gros, « laissez-moi vous draguer, mais, surtout, ne me draguez pas ! » Ce n’est pas encore la composante in-assumée qui s’exprime, c’est simplement qu’elle ne conçoit le rapport de séduction que d’elle à autrui et pas l’inverse. La séduction étant une dynamique sociale, l’allumeuse qui n’assume pas a donc des allures mondaines très marquées, et s’entoure majoritairement d’hommes avec qui elle peut jouer. Les femmes qui la côtoient répondent à une fonction précise : faire-valoir, souffre-douleur (« T’as vu ? Il s’intéresse à moi, pas à un boudin comme toi ! »), voire d’auxiliaire (pour chauffer les hommes en mimant des attouchements lesbiens, par exemple). Mais, ces relations sont toujours enveloppés d’une séduction. Synthétiquement, ce sera la femme qui, court-vêtue (bien que pas forcément la mieux faite physiquement dans l’assistance), sera environnée d’un nuage d’homme tous en ithyphalles extraordinaires, mais qui n’accordera aucune importance pas plus d’importance à l’un d’entre eux qu’aux autres.

Pour ce qui est de ne pas assumer, tout simplement, c’est qu’elle finit par craindre ou regretter ses conclusions. Vous avez couché, ça s’est pas trop mal passé, et, pourtant, à partir du lendemain, elle ne vous recontacte plus et vous fait la gueule ? Vous êtes tombé sur une allumeuse qui n’assume pas. Cela se repère à un paradoxe discret dans son attitude : elle aime raconter sa vie sentimentale, et surtout sexuelle – ou, plutôt, les déballer – en racontant par le menu la liste de ses amants présents et passés et ce qu’ils lui font de plaisant, allant même jusqu’à ne pas démentir des liaisons dont elle ne s’est pas vantée, voire, s’inventant des liaisons tout-à-fait imaginaires auxquelles personnes ne croit ; mais elle ne démentira pas non plus le bruit qui court que telle ou telle liaison hautement improbable est quasi-impossible et n’a certainement pas eu lieu. Elle laisse ainsi se construire autour d’elle une réputation ambiguë : d’un côté, c’est une dévoreuse d’hommes, mais, de l’autre, elle en parle plus qu’elle n’en fait, donc, elle n’est « pas si salope que ça ». Tout cela est, évidemment, une question de narcissisme et d’estime de soi.

Utilité et perspectives

Honnêtement, entre nous ? Pas grand-chose. À la rigueur, comme rite initiatique, histoire de dire que « on a fait comme les potes ». C’est mieux que le jeu de la biscotte, faut bien le reconnaître, même si, comme elle n’assume pas, sous la couette, vous risquez d’être méchamment déçu : en effet, elle ne se laissera pas aller outre mesure aux jeux raffinés de l’érotisme, soit par peur du qu’en-dira-t-on, soit par dégoût sincère. Le plus bénéfique qui puisse sortir de tout ça, c’est que, si ça s’est bien passé entre vous, elle pourra vous faire une réputation d’amant plutôt flatteuse – même si largement au-dessus de ce qui s’est passé lorsque vous lui avez fait sa fête.

Conclusion

L’allumeuse qui n’assume pas plaçant vie sentimentale et sexuelle à un plan plutôt social qu’intime, avec toutes limitations et tous les dévoiements qui vont avec, tout rapport avec elle est voué à être foireux à terme. Et à terme plutôt court, faut pas se mentir. Donc, sauf à espérer valoriser ça comme un point sur votre tableau de chasse, ou à obtenir une réputation – à la crédibilité toute relative – d’amant du siècle mois, passez votre chemin. Allez voir plutôt sur youporn.

Typologie de3 femmes 2: l’idéaliste rattrapée par la réalité

L’idéaliste rattrapée par la réalité

J’ai une certaine affection pour celle-là, car elle présente un petit aspect tragique. Elle est un destin raté, qui aurait pu être beau, mais est au mieux banal. Elle peut être une expérience marquante, souvent de manière positive.

Caractérisation et analyse

Si l’intitulé du type n’est pas suffisamment explicite, il faut comprendre que l’idéaliste rattrapée par la réalité nourrit une vision idéalisée de sa vie, vision qu’elle n’a pas pu accomplir de près ou de loin du fait d’événements qui ont jalonné son existence. Les idéaux peuvent être de natures diverses : vie sexuelle débridée et libérée au maximum, amour-passion vécue avec un homme idéal (les mauvaises langues et les désabusés diront « chimérique »), vie sociale et professionnelle épanouie dans un boulot qui la botte vraiment. Malheureusement pour elle (et heureusement pour le chasseur avisé), la vie en aura décidé autrement. De fait, on la repère donc à ce que son attitude et son discours, sont bien souvent en décalage net avec son environnement, qu’il soit professionnel, amical ou familial. Typiquement, il pourra s’agir d’une femme instruite, aux manières délicates, un peu féministe sur les bords, volontiers indépendante, mais mariée au type inculte et grossier qui lui a fait quatre enfants, voire plus, et l’a entraînée à sa suite dans la maison familiale située à vingt bornes de toute agglomération de plus de deux cents habitants. Rêvant encore pour elle d’un ailleurs meilleur où elle ne serait pas vouée à torcher les mômes, elle se connectera volontiers sur internet, en particulier les réseaux sociaux où elle exprimera ses rêveries qui trahiront pour celui qui sait lire entre les lignes sa frustration. Il faut noter aussi que l’idéaliste rattrapée par la réalité n’est pas forcément une princesse raffinée enfermée dans le bourbier d’un ogre mal léché : on peut tout aussi bien imaginer une femme qui rêve depuis sa jeunesse de pouvoir s’éclater à fond une fois adulte (partouzer avec des gorilles, fumer des écailles de poisson-chat et claquer 80% de son revenu net chez The Kooples) et qui s’est retrouvée embringuée dans une vie plan-plan, métro-boulot-dodo, à cause d’un taf qui lui prend douze à quatorze heures par jour.

Il faut donc « vendre du rêve » à l’idéaliste rattrapée par la réalité. Pas du rêve impossible, ne soyez pas un imposteur. Montrez-lui simplement qu’avec vous, un bout – même petit – de ce dont elle se sent privée est possible. Faites-lui entrevoir les instants romantiques ou les scénarios cochons que vous vous proposez de lui faire vivre pendant que son mari est parti à la chasse dans son plus beau treillis camouflé ou bien entre deux semaines passées à prostituer son temps et ses compétences au nom du chiffre d’affaires.

Utilité et perspectives

Alors, là, tout dépend de l’idéaliste en question. Si votre proie est plutôt une princesse enfermée dans un donjon, vous pouvez envisager une relation amoureuse complète (attention, toutefois : vous resterez dans le rôle de l’amant, et des contingences auxquelles vous ne pourrez vous soustraire s’appliqueront), sans doute assez romantique voire passionnelle. Si votre proie est plutôt une délurée hédoniste emprisonnée dans un (arrière-) train-train quotidien glauque, n’espérez pas autre chose que « vous éclater », car elle n’a de place dans sa vie pour rien d’autre. N’oubliez pas que, quoi qu’il arrive, vous êtes et demeurez pour elle une valve de sécurité, une soupape qui lui permet de ne pas exploser sous la pression de sa frustration. Soyez prêt à lui apporter quelque chose qu’elle demande et pas autre chose. Sinon, passez votre chemin. Elle n’a de toutes façons pas de temps à perdre avec vous si vous ne répondez pas au cahier des charges.

Ne vous étonnez donc pas si vous vous retrouvez à promener en laisse sur un parking désert une femme à moitié nue que vous n’aviez jamais vue peut-être quelques jours seulement auparavant, tout en en rêvant secrètement au fond de votre plumard. Ne vous étonnez pas non plus de vous retrouver acteur de ces moments romantico-nunuches qui vous ont presque arraché des larmes dans cette salle obscure de l’UGC quand l’héroïne prend en silence la main du héros dans la sienne.

Le danger vient surtout de ce que, un peu à la manière d’un fluide sous pression s’échappant de son conteneur, la donzelle, lâchant prise à votre contact, se laisse aller à cette relation (fût-elle purement sexuelle) au delà du « raisonnable ». Les conséquences peuvent être diverses, mais assez tourmentées, entre une procédure de divorce pas facile (« Salope ! Pour te punir, je garde le chien, le semi-remorque et le FAMAS ! ») et une relation très intense avec vous, au sein de laquelle vous croirez perdre la tête, croirez possibles et des choses impossibles, avant d’atterrir avec une belle gueule de bois.

Conclusion

Si vous souhaitez que ça se passe bien avec une idéaliste rattrapée par la réalité, il vous faudra jouer finement, et garder le contrôle jusqu’au bout. Cela inclut de rester lucide, mais aussi de garder la donzelle lucide aussi – qu’elle n’aille pas s’imaginer que vous allez l’enlever en chevauchant votre cheval blanc qui n’est pas d’Henri IV ou que vous allez emménager chez elle pour un ménage à trois. Votre rôle ne sera pas et ne doit JAMAIS être celui du sauveur (sauf dans un scénario BDSM), mais celui du type qu’elle croise et avec qui ça se passe bien, histoire de souffler. N’oubliez surtout pas qu’elle vient avec tout un tas de casseroles, du genre mômes, emprunt immobilier, mode de vie particulier, collègues et amis qui auront du mal à comprendre ce que vous foutez là (ou feront mine de…), ainsi qu’une envie très forte de rattraper tout ce temps perdu. Si vous n’y prenez pas garde, vous vous ferez bouffer, et vous ne pourrez pas prétendre que je ne vous avais pas prévenu.

Typologie des femmes 1: l’hyperactive qui fuit

TYPOLOGIE DES FEMMES

à l’usage des dragueurs

Cette typologie est le fruit de longues années d’observation passées dans la savane à la proximité immédiate de nombreuses femelles homo sapiens. En particulier, de celles à qui j’ai pu envisager un coït voire plus si affinités. L’idée est surtout d’éviter certains écueils dans lesquels j’ai pu tomber moi-même. N’est-ce pas chic de la part de votre serviteur ? De rien, c’est normal.

L’hyperactive qui fuit

Pourquoi commencer par celle-là ? Bah, c’est la première qui m’est passée par la tête, mais peut-être, aussi, est-elle à la fois répandue et la plus dangereuse parmi les pièges que la quête d’une partenaire peut compter.

Caractérisation et analyse

L’hyperactive qui fuit est une femme qui se fuit elle-même avant tout. Qu’elle se déteste ou qu’elle refuse simplement de se retrouver seule avec elle-même, elle déborde d’énergie pour multiplier les activités et les contacts afin d’échapper à ce qu’elle est ou ce qu’elle soupçonne d’elle-même. Elle est ainsi avenante, souriante, brille en société, peut être de compagnie agréable pour sortir le soir – et vous coûtera moins cher qu’une Ferrari. C’est l’avantage par rapport à la pétasse standard. Souvent, elle dispose d’un réseau amical et/ou professionnel étendu : chaque personne nouvelle dans sa vie est la perspective de nouvelles activités pour combler les temps morts de son existence. Elle peut donc s’emballer pour son job s’il lui plaît (et même s’il ne lui plaît pas, elle pourra tenter de se convaincre du contraire), ses hobbies, et n’importe quelle relation dont elle s’estime proche un minimum. On la rencontre donc assez souvent dans des secteurs impliquant de s’investir pour autrui : les médias, la prostitution, les ressources humaines, et le social, voire l’humanitaire. De même, elle nourrit souvent un goût immodéré pour l’aventure sous diverses formes : improvisation totale, voyages (parfois, les deux combinés, on sous-estime trop souvent le charme d’un voyage sans la moindre préparation à l’autre bout de l’Europe avec sa bite et son couteau), diversification des expériences (ce qui peut être un point positif s’agissant du plan sexuel), accumulation de réalisations, parfois dérisoires.

L’important est moins l’orientation des choix qui sont faits que le systématisme du choix de l’action par rapport à l’oisiveté inaction. Tout est bon pour ne pas succomber à ces instants angoissants où elle peut être amenée à se regarder dans la glace, et porter sur elle un jugement sévère – qui va bien plus loin que « chuis trop grosse » ou « cette jupe était déjà plus à la mode l’an dernier ». Elle préférera donc se faire chier en compagnie de demi-inconnus avec qui elle ne partage pas grand chose plutôt que de se poser tranquillement chez elle. Elle ne conçoit pas un samedi soir à domicile, sauf entourée, et ce recours systématique aux distractions la caractérise fortement : au final, ses relations sont au mieux utilitaires, au pire, complètement creuses. Quant à ses activités, auxquelles elle peut réellement prendre plaisir, elles ne les décrit que très rarement par ce qu’elle lui apportent – apprenez à repérer la prédominance des mentions des autres (« Gilles, le gros con de la logistique », « une vieille dame adorable du souk de Marrakech » etc) sur les mentions qu’elle fait d’elle-même, ou bien les descriptions pures sans véritable affect. On rapporte que certains cas extrêmes, avides de voyages et d’exotisme, infligent des séances diapos de leur croisière sur le Nil ou de leur trek au cœur de l’Amazonie.

Tel est le grand paradoxe de l’hyperactive qui fuit : elle met tant d’énergie à se refouler, se forclore, même, qu’elle devient, au final, le centre unique de sa propre existence. Mais, en creux.

Utilité et perspectives

Souvent, son côté bigger than life peut impressionner. Entre le côté potentiellement chaotique en surface mais assurément ordonné sur le fond de son existence, et le fait qu’elle le teste presque inconsciemment pour voir s’il colle au rôle qu’elle veut lui assigner, le candidat (NDA : vous, quoi) peut se retrouver désarçonné. Si vous êtes d’un naturel anxieux ou nerveux, vous risquez ainsi de vous retrouver tout de tics et de TOCs, et elle ne manquera pas de le remarquer. Si jamais elle vous fait part de son incompréhension à ce sujet, fuyez : elle manque tellement de recul sur elle-même qu’elle est incapable d’envisager un autre fonctionnement que le sien, et il y a fort à parier qu’elle n’est pas en contact avec la réalité. Ça se finira en engueulade sur les gradins du Parc des Princes où elle vous reprochera de faire la gueule alors qu’elle pensait vous faire plaisir, après que vous ayez martelé pendant des jours votre dédain pour ce sport et pour ses pratiquants.

Quoiqu’il en soit, ne croyez pas que, parce que vous êtes devenu son petit ami/chauffe-lit/accessoire automne-hiver, elle va vous accorder la place dont vous avez envie ou que vous pensez mériter. La place qu’elle vous réserve a été tracée bien en amont, en fonction de ses impératifs à elle, entre la nécessité d’être reconnue comme directrice d’agence du mois ou copine la plus fun, l’organisation de l’anniversaire d’une amie, les travaux dans sa salle de bains et son voyage improvisé à Madrid avec son meilleur ami gay qu’elle a envie de se taper depuis des lustres. S’agissant donc d’une relation, misez sur la légèreté, voyez ça comme une sorte de mondanité with benefits. Notez cependant que la plupart ne toléreront pas que, pendant qu’elles fument des pétards dans un squat à Berlin sans vous donner de nouvelles, vous laissiez traîner votre petit soldats dans des territoires moins dangereux. S’il s’agit de sexe et seulement de sexe – surtout s’il n’y a pas de clause de non-concurrence – ça peut être tout bénef’ : l’hyperactive qui fuit comptera sur vous pour remplir son seulement ses cavités naturelles, mais tout simplement ses nuits. Elle se montrera donc volontiers demandeuse, voire, aventureuse. Si vous la sentez open, proposez-lui des trucs bizarres et salaces qui vous la collent au ventre : elle sera peut-être intéressée. Il y a parfois des surprises.

Conclusion

La dangerosité de l’hyperactive qui fuit tient tout d’abord à son apparence d’équilibre, avec une vie bien remplie, entourée d’amis plus ou moins proches, avec tout le temps un projet sur le feu. Je reconnais qu’il y a matière à être emballé. Seulement, voilà, le risque que, si vous la serrez, toute la suite ne soit qu’un gros malentendu ne peut que m’inciter à vous recommander la plus grande prudence : ne vous y risquez pas si vous vous sentez déprimé, faible, vulnérable. Des périodes critiques dans l’année rendent l’exercice encore plus périlleux : partiels, bilans comptables, rentrées sociales des classes… Enfermée dans un monde fantasmatique (dans lequel le modèle standard prédit des licornes et des poneys arc-en-ciel), elle vous enfermera à votre tour dans la fiction qu’elle aura décrété être vous, jusqu’à ce que vous en ayez marre, et l’envoyez bouler. Si vous avez de la chance, elle aura tourné la page avant que vous n’ayez franchi les marches du perron. Si vous n’en avez pas…

hé bien, je vous souhaite d’avoir des amis qui prennent des nouvelles de vous régulièrement. Être attaché à un lit, seul dans une chambre obscure et froide, ce n’est pas agréable.

Petit lexique administratif pour survie en temps de réunion

réunion

« C’est un vrai sujet. » (sous-entendu : « d’inquiétude »)

« Ce dossier est une merde sans nom et tout le monde panique, parce que personne ne veut s’en saisir, ne sachant quoi en faire. »

« Rationalisation et mutualisation des process »

« Mise en place du travail à la chaîne dans des open spaces »

« Dématérialisation »

« Croissance exponentielle du volume de papier utilisé pour pouvoir travailler »

« Nous avons entrepris des actions correctives à la lumière des premiers retours d’expérience sur cette réforme. »

« Rien ne marche, et nous nous rendons compte que nous aurions dû examiner sérieusement les questions que soulevaient les services de terrain six mois avant la mise en place. »

« Je parle sous contrôle de… »

« Je bite pas un broque de ce que je bave, donc, merci de me corriger si je raconte des conneries. »

« Les procédures ont été scrupuleusement respectées. »

« Nous n’avons pas cherché à en faire plus. »

« Je vais vous orienter vers l’interlocuteur ayant compétence sur ce dossier. »

« Sois gentil, me fais pas chier avec tes conneries et va voir ailleurs si j’y suis. »

« C’est un dossier que suivait Machin, et il n’est plus là ! »

« J’ai beau être censé pouvoir te répondre, je n’ai pas d’éléments, et ça me gonfle de descendre aux archives. »

« Merci de faire le nécessaire au plus vite sur cette affaire. »

« Je n’ai pas la moindre idée de comment tu travailles, ou quelles sont tes contraintes, d’ailleurs, j’en ai rien à foutre, tout ce qui compte, c’est que tu fasses ce que je te dis pour avant-hier. »

Monsieur le Secrétaire Général aux Affaires Moyen-Orientales

Le bureau du président était encore tranquille à cette heure-ci. Dans le couloir, on entendit le claquement des talons de la secrétaire qui trottinait. Elle toqua à la porte, puis la poussa et passa sa tête dans l’entrebâillement. Le président, sans lever les yeux, lâcha une syllabe étouffée et interrogative.

« Monsieur le Président ? Le Ministre des Affaires Étrangères, pour vous.

Bien, passez-le moi, Patricia.

Il est venu en personne, Monsieur le Président. Et c’est Sophie, Monsieur le Président.

Ah oui, vraiment ? Ce doit être important. Faites-le entrer, alors, Brigitte.

Sophie ! Bien, Monsieur le Président.

Si vous le dites. Merci ! »

Furax, Sophie se dirigea vers la salle d’attente, où le Monsieur le Ministre patientait en feuilletant « Le Prince », l’air parfaitement absorbé, et lui glissa que le Monsieur Président de la République l’attendait dans son bureau. « Ah, très bien ! », lança-t-il en claquant énergiquement le petit livre, avant de suivre la petite robe prune jusqu’au bureau Premier Magistrat.

Bien qu’énervé, ce fut avec cordialité qu’il salua le président.

« Pierre ! Tu as l’air en forme, comment fais-tu pour trouver du temps pour toi ?

Oh, tu sais, Gilbert, c’est essentiellement pour la galerie… Toi, en revanche, on dirait que tu as mangé une meute de lions ! D’ailleurs, que me vaut le plaisir de ce déplacement ?

Enfin, tu ne devines pas ?

Excuse-moi, non, je n’en ai pas la moindre idée. »

Gilbert s’assit face à son chef en soupirant. Il dut bien reconnaître que la charge de Président de la République n’était pas propice à en rendre le titulaire disponible pour les petites devinettes que, pourtant, il affectionnait tant. Il claqua ses mains sur ses cuisses avant de se lancer :

« Hé bien, je viens te voir au sujet du Secrétariat Général aux Affaires Moyen-Orientales !

Ah, oui. Hé bien quoi ?

Hé bien, quelle mouche t’a piqué ?

Comment ça ? L’idée te paraît mauvaise ?

Loin de là, Pierre, loin de là ! Tu sais bien que j’approuve, même !

Mais… ?

Mais, pourquoi ne m’en as-tu parlé ? Pourquoi ne pas me l’avoir proposé ? J’ai bourlingué près de vingt ans entre Beyrouth, Amman et Damas, et je pratique couramment toutes les variantes d’arabe qu’on parle là-bas !

C’est pour ça que j’avais besoin de toi au Quai d’Orsay ! Tu aurais voulu ce poste ?

Et comment ! Il était pour moi ! »

Le silence se fit, et le président posa son menton sur ses mains croisées, en contemplant son ministre avec un demi-sourire.

« Oui, tu sais, Gilbert, le SGAMO, c’est un titre un peu ronflant, mais, en soi, ce n’est pas grand-chose.

Pas grand-chose ? Tu te fiches de moi ?

Pas du tout. J’ai créé ce poste pour des raisons purement politiques, on n’est plus à l’époque de Foccart. Tu imagines un peu le foutoir, autrement ?

N’empêche qu’il avait un poste de poids !

Mais oui, mais je ne suis pas De Gaulle, je ne suis pas un pharaon. Je suis juste Président de la République Française ! Il y a des choses à prendre en compte, l’opinion publique, toute cette sorte de petites choses…

Mais, alors, à quoi bon ?

J’ai créé ce truc pour placer Papelard.

Papelard ? Le gars de l’équipe Kouchner ?

Mais non, pas lui, il a pris sa retraite il y a trois ans ! Son petit-fils Grégory ! J’avais promis à ce vieux Michel de voir si je ne pouvais pas donner un coup de pouce à la carrière du gamin.

D’où ce poste de complaisance, alors ?

Totalement. Qui voudrait dans son équipe d’un môme qui est parti de Sciences-Po’ avant la fin de sa première année, et qui a foiré pour la troisième fois le concours de l’ENA ? Hein ? Dis-le moi. »

Gilbert ne sut comment réagir. Il était partagé entre le soulagement de voir que le poste qui lui passait sous le nez était en réalité une voie de garage pour sous-doué de la politique, et la frustration d’imaginer ce qu’eût pu être ledit poste si la République s’était donné les moyens de mettre les bonnes personnes au bon endroit.

 

De retour au Quai d’Orsay, Gilbert appela son vieil ami corse pour lui demander ce qu’il avait au sujet de Grégory Papelard.

« Ah, le Secrétaire Général aux Affaires Moyen-Orientales, rit le super-flic, qu’est-ce que tu veux savoir ?

Les nouvelles vont vite, je vois. Tu saurais me dire pourquoi ce gamin qui est plus nul que le mien a bénéficié d’un poste de complaisance à l’Élysée ?

Tu me fais marcher, mon vieux ?

Pas aujourd’hui, en dépit de tout le plaisir que je peux y prendre d’ordinaire.

Écoute, sincèrement, je n’ai pas envie d’en parler au téléphone…

Donne-moi des indices : je tirerai mes conclusions moi-même.

Alors, disons que le PR est un ami de longue date des Papelard, il a même évolué dans le sillage du vieux à l’époque Kouchner.

Moui, tu ne m’apprends rien. Continue, mon vieux.

Tu sais aussi qu’il a connu Papelard fils sur les bancs de l’ENA ?

Évidemment !

Mais est-ce que tu sais que Nathalie Papelard, née Thaillandier, a été chef de bureau à Bercy, du temps où le PR s’occupait des partenariats avec le privé ?

Je l’ai peut-être su, mais ça ne m’a pas marqué.

Hé bien ils allaient souvent compter les trombones dans la réserve. Jusqu’au moment où le PR qui n’était encore qu’administrateur civil a présenté Papelard à sa future femme. Ça doit remonter à vingt-quatre ans, quelque chose comme ça. Elle a accouché peu de temps après.

Tu veux dire que… ?

Tu m’as bien compris. »

Gilbert raccrocha, le souffle coupé.

 

Ce gros nul de Grégory Papelard était en fait le bâtard présidentiel !