Cupidon à la con (2009)

Aveuglé par la lumière, il plisse les yeux, incapable de comprendre ce qui se passe. Il doit se demander où il est. Je soupçonne qu’il commence à comprendre lorsque, se tortillant sur sa chaise, la brûlure de la corde sur ses poignets lui indique qu’il n’aura pas moyen de partir. je l’entends gémir un peu. Il doit se remettre doucement.

-Ca tourne, hein?

-Ha oui, alors. Qu’est-ce qui m’arrive?

-Vous avez pris un méchant coup sur la tête. Cessez de vous agiter, la nausée disparaîtra d’elle-même.

-Qui… qui êtes-vous?

Sa voix se fait porteuse d’inquiétude.

-Vous ne me reconnaissez pas? Vous m’en voyez déçu…

Il plisse à nouveau les yeux.

-Vous???

-Oui, moi!

-Je ne m’attendais pas à vous voir. Enfin, pas dans ces circonstances.

-Oui, l’idéal eut été dans une salle des banquets, ou à la mairie.

-C’est ce qui était prévu, non?

-Pour le moins, oui!

Un tremblement quasi-imperceptible traverse son corps. Je crois qu’il commence vraiment à entrevoir la suite. Ses joues d’ordinaire roses blêmissent. J’enchaîne:

-Nous avions un accord, vous et moi, vous vous en souvenez?

-Bien sûr, il tient toujours, d’ailleurs, non?

-A vous de me le dire, mon cher!

Je me plante face à lui.

-Vous n’avez pas l’air très motivé pour honorer votre part du contrat, en tout cas.

-Que voulez-vous dire? J’ai toujours fait de mon mieux!

J’explose.

-DE VOTRE MIEUX? VOUS VOUS FOUTEZ DE MOI?

S’il le pouvait, il rentrerait dans la chaise, s’insinuerait dans les fibres du bois. Il serre les mâchoires et déglutit avec effort. Je me rassois, et pousse sur la table le dossier.

-C’était pourtant difficile de la louper, elle, non?

-C’est pas aussi simple que vous le croyez…

Sa voix tremble. Il n’est plus sûr de rien. J’ouvre le dossier. Une photo d’Elle.

-On ne peut pas dire que vous l’ayez manquée, je vous l’accorde. Mais votre tir était foireux quand même.

Je tourne sa photo, et Lui apparaît. Lunettes de soleil, look de footballeur star. Du vent. Rien pour elle, en tout cas. Alors pourquoi lui? Le grotesque bambin rose dodu fessu et ailé s’agite.

-Pourquoi lui?

-Ce… ce n’était pas prévu, vous savez…

-C’est votre métier, pourtant.

-Je vous répète que j’ai fait de mon mieux!

Sans rien dire, je me lève. Mes yeux sont plongés dans les siens, et je me délecte de la terreur que j’y lis. Je serre son petit cou gras entre mes mains.

-Je suis très déçu par votre attitude.

Il hoquette, siffle, gargouille, larmoie, de la morve s’écoule de son nez. Le rose vire à un beau parme puis tire vers le violacé. C’est suffisant. Je le repousse en arrière, et il tombe.

-Je vous avais payé grassement, il me semble, pour cette mission, non? Vous n’aviez pas le droit à l’erreur!

Coup de latte dans les côtes.

-A qui la faute? Vous avez le chic pour vous enticher de femmes qui ne sont pas pour vous!

-Ce n’est pas votre problème.

-Oh si, c’est mon problème! Mon job, c’est de faire respecter l’ordre des choses! Et vous n’allez pas dans le bon sens!

Il a une quinte de toux grasse. Ca gargouille, et quelques petite bulles de sang se forment à la commissure de ses lèvres. Je me penche, et redresse la chaise. J’empoigne ses ailes. C’est mignon, c’est tout doux.

-Non, ça n’est pas votre problème. Du moment que vous avez accepté mon argent, ça n’était plus votre problème du tout.

CRAC! J’arrache d’un coup sec les deux ailes, et il hurle comme un fou en pleine crise. Je prends la photo du mec en main, et la lui colle sous le nez.

-Votre problème, maintenant, c’est lui.

-Je ne peux défaire ce qui a été fait…

C’en est trop.

-Vraiment?

-Oui. C’est trop tard, vous êtes fini, mon vieux, out! Hors-jeu! Sur le banc de touche, ça fait un moment, mais vous ne le saviez même pas!

-Non, je l’ignorais, à vrai dire.

Je défais le bouton de mon holster.

-Hé bien c’est le cas. Vous seriez sympathique, vous me feriez pitié.

-Mais je vous inspire quoi, en réalité?

-Franchement, là, vous me faites rire. Je ne peux pas vous prendre en pitié. Vous êtes l’artisan de votre propre perte, mais votre obstination et votre aveuglement vous ont empêché d’en prendre conscience. C’est dérisoire…

Main sur la crosse. Sous ma paume, je sens le quadrillage des plaques de couche.

-Vous savez, à présent, vous avez un autre problème, alors.

-Lequel?

-Moi.

Je sors mon Desert Eagle. Chambré en .50 AE, une des plus grosses munitions existantes pour les flingues. Rutilant, chromé. Son reflet se voit sur le canon.

-Vous croyez me faire peur?

-Vous faire peur?

-Vous n’allez pas tuer Cupidon. J’ai trop à faire. Vous ne porterez jamais ça sur votre conscience. Vous allez me laisser partir, et trimbalerez votre croix, comme le loser que vous avez toujours été. A vous voir, je me demande même si j’aurais réellement pu quelque chose pour vous.

Je soupire. Retarder le moment. Comme une éjaculation. Je tremble, le plaisir monte. Je sais que c’est imminent.

-Je crois que vous vous posez les mauvaises questions, mon pauvre vieux. Cloué sur cette chaise, des os fêlés, voire brisés. Vous n’avez plus vos ailes. Et ces petites choses blanches, par terre, je suppose que ce sont des dents. Et ce ne sont pas les miennes.

-Et quelles questions croyez-vous que je devrais poser?

Je me tourne vers lui, le tenant en joue.

-Ce que vous auriez pu faire pour VOUS, par exemple.

Mon doigt se crispe quatre fois sur la queue de détente. Mon bras recule à chaque fois mais je tiens bon. A bout portant.

Sa chair vole aux quatre coins de la pièce, et les quatre impacts chacun de la taille d’un ballon de basket l’ont littéralement coupé en deux.

J’ai du sang plein le grimpant.

-Meeeeeeeerde, mon falzar! Même mort, ce petit con m’emmerdera jusqu’au bout!

14/02/2009 23h25