Dialogue avant le coucher du soleil (2008)

flingue

-Me regarde pas comme ça, c’est toi qui m’as amené ici, que je sache!

-Je sais. Mais j’hésite…

-Ca, je le vois bien. Mais ce n’est pas moi qui prendrai la décision, encore moins qui agirai.

-Je le sais aussi. Merci de ton aide précieuse.

-De rien. Je vois que tu n’es toujours pas sorti de tes vieux travers…

-Comment?

-Tu n’arrives pas à te bouger le cul, mon pauvre vieux. Même pour prendre une des décisions les plus importantes de ta vie, sinon la plus importante, tu n’es même pas foutu d’assumer…

-C’est difficile, tu sais. Je voudrais bien t’y voir.

-Ah moi, je n’ai pas ce genre de problème. C’est pas mon rôle d’être compâtissant.

-Pourtant, j’en aurais bien besoin…

-Bordel, grandis un peu! Ose une fois dans ta vie!

-C’est pas facile, je me suis jamais mouillé pour quoi que ce soit. Remarque, on voit le résultat…

-Je ne te le fais pas dire.

-Ouais, le question, c’est: qu’est-ce que je vais faire de moi? J’ai envie de me foutre à la poubelle…

-Il ne tient qu’à toi…

-Putain, pourquoi je me suis planté comme ça? Pourquoi?

-Toujours des questions…

-Mais c’est bien là, la question, non?

-Oui, mais pas pour te juger, abruti. Ce qui est fait est fait. La vraie question est: qu’est-ce que tu vas faire MAINTENANT?

-Je sais pas, après ce que je me suis pris dans la gueule, y a plus grand-chose qui me retient ici…

-Si c’est ce que tu crois…

-…oui, je sais ce qu’il me reste à faire. Mais c’est impressionnant. Et puis…

-…et puis?

-Je sais pas merde, c’est trop de trucs dans ma tête, je n’y arrive pas…

-Calme-toi. Tu penses à eux. Ils comptent sur toi. Au fond de toi, tu sais que tu leur manqueras.

-Pas si sûr..

-Vraiment?

-Je sais pas… J’aimerais vraiment que tout s’arrête, là, maintenant.

-Alors, tu sais ce que tu vas faire?

-Non.

-Ben je vais te le dire: tu vas me prendre, m’appliquer contre ta tempe, ton menton ou ton cœur, et tu vas appuyer! Tu te rendras compte de rien du tout! Pfut, envolé! Ton mur sera dégueulasse, et c’est ta mère qui te retrouvera avec un trou comme un impact de météorite dans la tronche. C’est ça que tu veux?

-Arrête…

-Réponds: C’EST CA QUE TU VEUX?

-Non…

-Répète-le.

-C’est pas ça que je veux.

-Mais putain, dis les mots, fais quelque chose jusqu’au bout pour une fois dans ta vie.

-Ce que je veux, ce n’est pas mourir. Putain, tu fais chier.

-C’est pour ton bien.

-Ouais, c’est ça.

-Tu sais que tu vaux mieux que ce que tu veux bien reconnaître. Cesse de te complaire là-dedans.

-J’y ai jamais cru, à ces conneries. Tellement de situations d’échec, comment veux-tu que j’aie la moindre estime pour ça?

-Peut-être parce que tu attends trop. Ton ego est comme un kouglof, il grumelle, déborde de partout.

-Ah ça, tu peux le dire!

-Et toi qui en fais une fierté…

-Ouais, finalement, à quoi bon? Mais y a pas que ça. Pourquoi tous ces espoirs déçus? Serais-je trop naïf? Alors que je suis assez méfiant…

-Trop exigeant. Tu attends trop de la vie, des gens, de toi.

-On en vient à pourquoi je t’ai amené ici…

-Tu vas pas remettre ça sur le tapis!

-On peut pas parler avec toi, t’es chiant…

-Je suis pas là pour te tenir le crachoir. Je te signale que tu m’as amené ici pour te faire sauter le caisson!

-Et ça n’a pas l’air de t’enchanter!

-Ou de t’enchanter toi! Tu te rends compte que tu parles à un flingue, là… Allez, essaie un peu d’accepter.

-Accepter quoi?

-Tu n’es pas un loser, ta vie n’est pas faite que de défaites.

-Tiens donc… je me suis fait bouler, ma bouée m’a lâché dans la tempête… sacrée victoire!

-Tu es pas pour elle, voilà tout. Tu te souviens de votre nuit?

-Et comment!

-Tu l’as tenue dans tes bras, vous avez fait l’amour, tu as tenu sa main dans la tienne en la regardant dans les yeux. Tu te rappelles comment tu te sentais bien?

-Oui. j’ai jamais connu ça…

-Et c’est pas une victoire, ça?

-Si. Une petite…

-Mais une victoire quand même. Il t’en faut d’autres, des comme ça.

-Tu as sans doute raison… Mais à quel prix!

-Qu’est-ce que tu en sais? Tu as une boule de cristal?

-Non. Mais je sais que je vais en chier…

-Ouais, mais tu vas continuer. Parce que si tu t’arrêtes maintenant, tout tombe à l’eau.

-Tout?

-Tu essaies de donner un sens à tout ça. Si tu coupes court, c’est tout ce que tu as fait et été qui n’a plus le moindre sens.

-C’est vrai. Tant que je ne suis pas allé au bout, je ne peux pas honnêtement me dire que je me suis planté.

-Et même… de toutes façons, tu termineras la mission, comme tu aimes si bien le dire!

-Mouais…

-Tu vas continuer à marcher, trop fier pour t’avouer vaincu.

-Sans doute. Alors on fait quoi?

-Je crois que tu as déjà pris ta décision, non?

-Oui, c’est vrai, enfin je crois…

-Alors bonne chance.

-Sans rancune?

-Sans rancune.

Le 21/09/2008 à 19h33

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