Agonie (2011)

Bande d’ordures. Bande d’incroyables ordures.

Je n’en peux plus de vos airs faussement contrits, de vos frottements de mains soi-disant gênés mais qui trahissent votre auto-satisfaction. Je n’en peux plus non plus de vos soupirs qui veulent dire tout et son contraire.

Sortez de mon univers, faites-vous des fantômes avant que j’en devienne un moi-même. Vous êtes certainement heureux, de me tenir à bout de bras, du haut de vos techniques perfectionnées de torture. Oh, oui, c’est de la torture. Voyez ce que je suis devenu : une épave. Je ne peux plus manger, pisser, chier tout seul. Quant à me déplacer, l’idée même n’est plus pour moi qu’une abstraction.

Il n’y a pas si longtemps, j’étais encore un homme. Je pouvais le rester jusqu’à mon dernier jour. Mais, dans votre délire, vous vous êtes pris pour Dieu. Maintenir la vie à tout prix, quelles qu’en soient les conditions. Vous avez voulu défier la mort, défier MA mort, comme si elle avait été la vôtre. Regardez, à présent, ce que vous avez fait de moi : un monceau de chair et d’os, inapte à se déplacer et à assumer ses fonctions seul. Incapable de parler ou presque, je ne lis plus, car la morphine m’endort au milieu du premier paragraphe.

Et, bien évidemment, pas question que vous assumiez. Vous tirez des gueules de six pieds de long, en constatant combien je suis diminué, pourtant, la dose de morphine qui pourrait régler la question, vous me la refusez. Je souffre de cette condition, ma fille et mes petits-enfants souffrent aussi de me voir ainsi. Est-ce là votre boulot, faire souffrir les malades et leurs proches ?

Vous n’êtes que des hypocrites, des baudruches aux émoluments démesurés. Pourtant, je ne me porte pas mieux de votre action. J’aurais pu partir vite, discrètement, comme on sort d’une boutique après ses achats, pour ne pas importuner les autres. Vous m’attardez dans l’antichambre de la mort, sans la moindre considération pour votre prochain. Votre narcissisme est tel que vous ne vous rendez compte de rien, ou bien vous n’en avez rien à foutre. J’aimerais bien vous y voir, transformé en extension d’une pléthore de machines diverses censées prolonger la vie. Mais est-ce que ce que vous m’imposez peut décemment s’appeler une vie ?

Dégagez. Sortez de cette chambre, et laissez-moi attendre tranquillement mon tour. Gardez vos airs contrits pour ma famille lorsque vous leur annoncerez que je suis parti.

Et surtout, ayez la décence de ne pas vous vanter d’avoir prolongé mon existence de ces si longs mois.

Publicités