La Nuit (1998)

Le 27/08/1998

Quand j’étais petit, j’adorais regarder la nuit. D’ailleurs, même adulte, cela faisait partie des plaisirs simples de mon existence. Les lumières qui s’allumaient jouaient les anges gardiens, substituts de vie éparpillés pour signifier que l’on était toujours là, bien qu’endormis, vivants. Des veilleuses, tranquilles, pour nous protéger d’un agresseur qui n’a jamais existé. Enfin, dont je croyais jusqu’à présent qu’il n’existait pas.  Mais je crois bien m’être trompé. On me traitera certainement de fou, ou de fabulateur. Pourtant, ce que je m’apprête à coucher par écrit ici est la stricte vérité, du moins ce qui m’est apparu comme tel. J’aimerais pouvoir me dire que je me trompe, que je suis en proie à un délire psychotique paranoïaque, que tout cela n’est que le fruit de sombres fantasmes, de phénomènes mal interprétés, mais rien ne vient expliquer ou contredire ce qui s’est passé…

Je n’ai jamais eu peur du noir, pourtant, depuis plusieurs jours, rien ne me terrifie plus que l’obscurité nocturne, comme si une peur infantile, dont je n’ai par ailleurs jamais souffert, m’avait rattrapé. Mais ce n’est pas une de ces peurs irraisonnées, comme celle du monstre dans le placard ou sous le lit. Je sais parfaitement de quoi j’ai peur. Pas si précisément que ça, j’en ignore la nature exacte, mais il ne s’agit pas d’un Croque-mitaine quelconque à peine entraperçu dans un livre de contes pour faire peur aux enfants. Je l’ai vu tous les soirs, depuis plusieurs semaines. Ça semble déterminé, mais à quoi ? Voilà ce qui est le plus inquiétant… Je l’ai approché, je l’ai touché, ou peut-être est-ce « ça » qui m’a touché, je n’en sais rien. Mais c’est bien là. Même pendant le jour, je le sens, tapi dans n’importe quel recoin d’ombre. Je l’entends presque frapper aux carreaux à partir de cinq heures de l’après-midi. Depuis plusieurs nuits, je ne dors presque plus, le guettant fiévreusement. Ironiquement, cet état dans lequel je me retrouve chaque soir à partir d’une certaine heure me rappelle un peu ce que j’éprouvais le soir de Noël, lorsque, tout petit, je guettais seul dans ma chambre, bien éveillé, tout excité, pour surgir et essayer de distinguer le vieux monsieur à barbe blanche vêtu de rouge qui déposait les paquets. Mais là, c’est une affaire différente. Je reste éveillé, et ce que j’attends, je sais que je vais le voir, je le REDOUTE.

Tout a commencé, je crois, il y a presque deux mois, maintenant. Je regardais la ville, la nuit était tombée. Je fumais une dernière cigarette avant d’aller me coucher, et contemplais les lumières et les étoiles. Le ciel était très clair, et la météo ne prévoyait pas la moindre perturbation avant les huit prochains jours. Portant, une chose m’a intrigué : à l’horizon, dans la direction approximative du Nord, on ne distinguait presque aucune étoile, même sans Lune. Le soleil était déjà couché depuis deux heures, et aucune lumière résiduelle ne pouvait être la cause de cela. Alors, que se passait-il ? Le Grand Chariot était presque invisible, et même Vénus, au dessus de l’horizon, paraissait bien petite et très pâle. Il y avait toute une zone où les étoiles semblaient « filtrées » par quelque chose d’épais, opaque. Ce n’étaient pas des nuages : les lumières de Paris, dans le lointain, auraient créé un genre de halo en se reflétant sur une quelconque masse nuageuse. C’était parfaitement noir. Attribuant cela à une couche de pollution ou de brume en formation, je ne suis posé ce soir-là aucune question. Les quelques soirs qui ont suivi, je n’ai constaté presque aucune progression dans le phénomène, il y a même eu des soirs où tout paraissait normal. Je ne m’alarmais pas. Puis un soir, comme ça, d’un coup, plus de la moitié du ciel était occultée. Les étoiles n’y apparaissaient plus. Cela m’a marqué, car on jouissait depuis un bon moment d’un ciel d’une clarté incomparable depuis plusieurs jours, et la masse anticyclonique ne semblait pas décidée à nous faire faux bond avant un bon moment. Ce n’était donc pas une masse nuageuse… Intrigué par le phénomène, j’ai décidé de fixer mon attention dessus. Pendant plusieurs heures, j’ai observé. Et j’ai noté que la limite supposée de « l’ombre » avait progressé de façon sensible au cours de la nuit. J’aurais pensé un instant que c’était lié à la rotation de la Terre, mais, née à peu près au Nord, son axe de progression l’emmenait vers le Sud, et donc, il était exclu que cela soit lié d’une manière ou d’une autre à la rotation terrestre. Perplexe, je me suis précipité le lendemain à la bibliothèque pour emprunter les plus gros ouvrages de météorologie et d’astrophysique pour voir s’il y avait référence à ce genre de phénomènes, et de quoi il s’agit. J’ai eu beau chercher, je n’ai rien trouvé d’approchant. S’il s’était agi de pollution, un tel pouvoir obscurcissant aurait signifié qu’il aurait été impossible à qui que ce soit de sortir de chez lui, et ce même le jour durant. Mais le phénomène avait disparu le matin, et le ciel était clair et limpide… Astronomiquement parlant, rien d’approchant n’était répertorié dans les phénomènes visibles depuis la Terre. J’ai refermé le dernier livre en haussant les épaules. Après tout, je pouvais attribuer ceci à la fatigue que je pouvais éprouver à observer fixement le ciel. Je m’étais peut-être imaginé des choses. Après tout, lorsque l’on observe longtemps et fixement quelque chose, l’image ne se fait-elle pas plus floue, plus terne ? Ou encore, peut-être s’agissait-il de ces phénomènes inexpliqués, dont l’origine est obscure, qui n’ont pas la moindre conséquence, et dont personne au sein de la communauté scientifique se soucie parce qu’il n’y a rien à gagner à l’étude de ce genre de manifestations ? Alors, j’ai décidé d’observer le ciel une fois de plus lorsque la nuit tomberait.

Évidemment, c’était là. Obscur, insondable. Ça dévorait bien, à ce moment-là, deux tiers de la voûte céleste. J’ai été surpris de constater que les lumières à l’horizon, comme celles de Paris, et de toutes les grandes agglomérations de banlieue, plus ou moins proches, étaient sensiblement moins visibles que d’habitude. De toute évidence, « ça » en était la cause. C’était donc proche de la surface, pas un phénomène spatial, ou du moins de la haute atmosphère. Brusquement, sur un coup de tête, j’ai décidé de prendre mes jumelles. Je ne sais toujours pas pourquoi je l’ai fait, puisque ce noir était vraiment insondable : que croyais-je donc y trouver ? Je regrette encore ce geste… Lorsque j’ai effectué la mise au point, j’ai pu distinguer quelque chose. C’était par endroit des filaments, à d’autres endroits de masses, entre la chair boursouflée et la volute de fumée, moins sombres. Il y avait dans tout cela un mouvement constant, comme un grouillement immonde de microbes ou de parasites vu au microscope. Ça avait quelque chose d’organique. J’ai eu un hoquet de surprise, et j’ai baissé les jumelles. Pris de panique, j’ai rangé mes jumelles, fermé les volets et bouclé la porte à double tour. J’ai hésité un instant, et puis j’ai encore fermé les fenêtres, que je laissais ouvertes depuis des semaines pour laisser entrer la fraîcheur nocturne. Je savais que je mourrais de chaud, mais tout rempart que je pouvais placer entre ça et moi serait le bienvenu. C’est là que j’ai passé ma première nuit blanche. J’avoue que j’étais terrifié, mais finalement, sans trop savoir pourquoi. C’était, je suppose, cette fameuse peur de l’inconnu. C’était aussi le côté grouillant et répugnant de ce que j’avais vu. Et surtout, la PROXIMITE. A combien au dessus de nos têtes se trouvait ce truc ? Je me suis levé au milieu de la nuit, en sueur. La curiosité me dévorait. Je me suis avancé vers la fenêtre que j’ai ouverte, j’ai ensuite posé ma main sur la poignée, pour les ouvrir. J’avais trop peur. Je suis resté longtemps, peut-être cinq minutes, dans cette position, figé, n’osant pas ouvrir et revoir ce qui m’intriguait et me terrifiait tout à la fois. Puis j’ai renoncé, j’ai refermé la fenêtre, et me suis réfugié sous les draps et la couverture, à la recherche d’un sommeil dont je savais déjà à ce moment-là qu’il ne viendrait pas.

Le lendemain, je me suis réveillé trempé, enroulé dans des draps gluants qui adhéraient à mon corps comme un emballage plastique. Les rainures des volets laissaient passer la lumière d’un beau soleil. Tout était dissipé. Après un petit déjeuner copieux, et une douche bienfaitrice, j’ai vaqué à mes habituelles occupations des vacances : regarder quelques programmes télévisés, écouter de la musique, rien de constructif, mais c’était fort agréable, et surtout relaxant. Puis, le soir, j’ai dîné sur mon balcon, en regardant le soleil qui plongeait derrière l’horizon. J’ai entassé grossièrement les couverts dans l’évier, déterminé à ne faire la vaisselle que le lendemain. J’étais décontracté, posé, et finalement, je ne savais pas pourquoi j’avais ainsi pris peur la nuit précédente. J’ai alors décidé de guetter le phénomène tranquillement, la cafetière à la main. J’ai passé quelques heures ainsi, enchaînant les tasses de café. Après l’épuisante nuit blanche que j’avais passé, inévitablement, je me suis endormi. Lorsque je me suis réveillé, le fond de café dans la cafetière, et tout ce que la tasse que j’avais lâchée avait répandu sur ma jambe de pantalon, était froid. Le ciel était d’un noir opaque. Aucune étoile. J’ai consulté ma montre : son écran fluorescent avait perdu un peu de sa brillance. Il était près de trois heures du matin. Pas une étoile, ni même un morceau de lune, rien. Le plus frappant était certainement le fait que même les lumières de la ville semblaient ternies, moins vives, décolorées… « Ça » se déposait sur la ville ! Connaissant par cœur les environs de mon immeuble, je suis descendu sur le parking pour y observer ce qui se passait. Les lampadaires semblaient luire avec moins de force, leur halo plus étroit. L’ombre projetée par les voitures, où d’ordinaire j’arrivais à distinguer même vaguement la silhouette d’un chat en mouvement, était devenue complètement insondable ! Il fallait que je me rende à l’évidence : d’une manière ou d’une autre, la nuit « s’épaississait » et tombait, comme une brume… Je me suis demandé immédiatement à qui je pourrais en parler. Personne, à mon avis, ne me prendrait au sérieux, car finalement, je n’avais remarqué ce phénomène que suite à une observation assidue, plusieurs soirs de suite, du ciel et de la nuit. Mais qui d’autre avait pu remarquer « ça » ? Si on s’était alarmé du phénomène, j’en aurais entendu parler… Il me paraissait plus qu’évident que, si je n’imaginais rien, j’étais bien le seul, en tout cas l’un des rares à avoir remarqué ce qui se passait. Je me suis approché de ma voiture, pour en observer l’ombre projetée : pas un détail n’était visible, on aurait dit qu’une espèce de tissu d’un noir très pur pendant en dessous, empêchant le moindre photon de passer. Je suis remonté, j’ai pris en toute précipitation mes cigarettes, mes papiers et je suis parti en direction de Paris, par les départementales que je connaissais. Il me fallait voir si le phénomène se produisait de la même manière ailleurs. Je me suis arrêté quelques minutes plus tard sur la place du marché de Mérielles, petit village à côté d’Amery, où je réside. Le ciel était clair, les étoiles visibles, et même un croissant de lune. Le phénomène était donc local à chez moi, et ne devait pas avoir plus de trois ou quatre kilomètre de diamètre, Amery n’est pas si grande. Rassuré, je me suis assis sur un banc, en fumant une cigarette, décidé à passer un moment sous ce ciel normal. Je fixais la voûte céleste depuis plusieurs minutes quand j’ai eu l’impression que le sol se dérobait sous mes pieds : à Mérielles aussi, le ciel était en train d’être dévoré par … « ça » ! En quelques minutes, le ciel est devenu noir, les quelques lampadaires qui éclairaient pauvrement la place et les ruelles qui y accédaient sont presque à vue d’œil devenu des faibles lueurs comparables à des feux follets. Le clair de lune, qui laissait voir les ruelles avoisinantes sur quelques dizaines de mètres depuis le centre de la place, se sont muées en corridors d’insondable obscurité. J’ai fixé un long moment la façade du bureau de poste, dont l’extrémité la plus éloignée de moi semblait progressivement rongée, comme la surface terrestre plonge dans le cône d’ombre de la lune lors d’une éclipse. Lorsque j’ai détourné les yeux, j’ai cru un instant qu’il était trop tard. L’ombre m’entourait vraiment, et ma voiture était devenue invisible. Heureusement, je savais encore où je l’avais garée, et j’ai pu la retrouver en me dirigeant de mémoire, vers l’endroit où je l’avais laissée, et où je devais censément la retrouver. Lorsque j’ai ouvert la portière, la lumière était très nettement affaiblie. Je distinguais à peine les détails du tableau de bord, et mes vêtements sombres semblaient se fondre dans une sauce gluante, épaisse et noire. Le mouvement grouillant semblait visible presque à l’œil nu. Ou alors était-ce le fruit de mon imagination ? J’ai démarré et j’ai foncé. Fort heureusement, la police ne patrouillait pas, à cette heure-là. Lorsque je suis arrivé, le temps de remonter chez moi, et de m’enfermer, tremblant, les mains moites, surexcité, je me suis aperçu qu’une bande rosâtre apparaissait à l’horizon – sans que la lune ou les étoiles soient plus visibles que quelques heures auparavant ! Le jour, déjà ! C’est avec un soulagement sans pareille que j’ai accueilli le soleil, la chaleur, le ciel bleu. Mais passée l’euphorie des premières heures de la matinée, durant lesquelles je me suis comporté comme un survivant qui reprend goût à la vie, j’ai vite pris conscience de ce que tout cela n’aurait qu’un temps, et que le soir reviendrait, et dans ses flancs, « ça » aussi. Bon sang, qu’est-ce que « ça » voulait ? J’ai passé la journée à aller et venir, comme un fou dans une cellule. Que faire ? J’ai décidé alors de me calfeutrer une nouvelle fois, en laissant dès le coucher du soleil toutes les lumières allumées.

Lorsque le soir est finalement venu, après de nombreux cendriers pleins et des disques chargés et retirés avec des gestes d’une nervosité encore jamais vue, j’ai laissé les volets du salon entrouverts. Rien. J’ai attendu des heures, rien. Les étoiles étaient toutes là, du moins celles que la couche de pollution propre à la grande couronne parisienne laissaient voir. La lune, aussi. Bien. C’était très bien, comme ça. Que « ça » ne revienne jamais plus ! J’ai dormi toutes lumières éteintes, la fenêtre et les volets de ma chambre grands ouverts, en laissant les rayons de lune envahir la pièce.

Le lendemain, j’ai fait la grasse matinée. J’ai parlé avec Théo, qui est revenu de vacances et qui est passé me dire bonjour. J’ai regardé une vidéocassette oubliée au fond du meuble, sur laquelle j’avais enregistré des semaines auparavant un affligeant film de seconde catégorie, au scénario indigent, aux acteurs inexistants, mais très risible. Tout s’est merveilleusement passé. Le soir, je me suis endormi dans les mêmes conditions que la veille, vers huit heures du soir, alors que le soleil n’était pas encore couché. Je savais que la lune et les lumières de la ville veilleraient sur moi. Lorsque je me suis réveillé, en plein au milieu de la nuit, j’ai eu très nettement l’impression que l’on m’avait frôlé. Qui ? Mais, personne, bien sûr ! J’ai tourné la tête, encore dans le sommeil, pour voir l’heure qu’il était. Les chiffres lumineux étaient presque illisibles, tant ils étaient noyés dans l’obscurité. Deux heures. La lumière ? Il n’y avait plus de lumière ! Comment… ? J’ai tourné la tête : non, ni lune, ni lumière urbaine. J’ai cherché à l’aveuglette l’interrupteur de ma lampe de chevet. Lorsque le clic s’est fait entendre, je n’ai finalement guère été surpris de ce que je voyais : l’obscurité noyait ma chambre. Je ne voyais pas ma fenêtre, à peine le bout de mon lit. Et la limite se rapprochait. Le grouillement. Il était là, et c’était probablement ce qui m’avait frôlé. Je n’ai pas vraiment pu bouger d’une manière ou d’une autre. Paralysé, j’ai assisté impuissant à la progression de l’obscurité. Peut-être pour fuir, ou encore pour vérifier ce qui allait se passer, j’ai repris courage et me suis levé et dirigé vers la porte de ma chambre. Un mètre, et ma lampe de chevet ne brillait pas plus qu’un briquet. Un mètre de plus, le couloir, et ma lampe ne ressemblait plus qu’à la braise d’une cigarette. J’ai cherché le bouton de la lumière du couloir. Lorsque j’ai trouvé le bouton, j’ai, pressé. La lampe la plus puissante de mon appartement n’éclairait pas à plus de trois mètres ! Je suis resté paralysé d’effroi. Et « ça » progressait encore ! En quelques minutes, on n’y voyait plus qu’à cinquante centimètres. Je sentais de temps à autres les grouillements sur mon bras, ma main, mes jambes, plongés dans l’obscurité. Celle-ci, de toute évidence, était VIVANTE ! En tâtonnant, j’ai allumé une par une par une toutes les lumières de mon appartement. Lorsque je me suis aperçu que je ne pouvais éclairer plus, j’ai constaté que les plus puissantes lumières n’éclairaient plus qu’à deux ou trois centimètres autour d’elles, et que, de loin, elles ressemblaient plus à des sémaphores lointains qu’à des éclairages domestiques. Terrifié, attentif au moindre signe de danger, prêt à fuir je ne sais où et je ne sais comment au moindre signe évident de danger – odeur chimique trop soutenue, ou autre – je me suis assis dans mon fauteuil, glacé de sueur, les mains collantes. Bien évidemment, je n’ai pas pu dormir jusqu’au matin. J’ai vu les rayons du soleil déchirer ces ténèbres, comme dans les films Dracula. Le monstre a été terrassé par la lumière, par ce qui avait finalement autant de substance que lui, alors que je n’avais apparemment aucune emprise dessus.

C’était la nuit dernière. Je suis encore en pyjama, et je tape depuis ce matin ce récit, que je vais bientôt mettre dans une bouteille de plastique, avant de jeter le tout dans la Seine. Pourquoi je fais ça ? Le présage de l’imminence d’une catastrophe. Je crois que ce soir, je vais mourir…

Paul HURDIN

La lettre ne fut retrouvée que trois semaines plus tard. Le signal d’alarme fut donné par les services météorologiques, car une tache anormale avait été constatée sur la photo satellite. Une tache sombre, qui occultait une ville, une ville entière : la ville d’Amery. Les scientifiques en furent intrigués, mais tout ceci passa sur la pile des « questions-intéressantes-mais-que-l’on-traitera-plus-tard ». Personne ne sait en fait qui constata la chose en premier. Mais personne ne put le nier : la ville d’Amery avait purement et simplement disparu dans la nuit du vingt-sept au vingt-huit août mil neuf cents quatre-vingt dix huit…

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